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Feuillets de cuivre par Skoldasy ...

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Comme le dit la préface du roman, il est difficile de classer le steampunk dans un genre particulier. Sachant qu’on peut aisément le classer dans la fantasy, mais aussi la science-fiction, le fantastique…
« Feuillets de cuivre » est un mélange de tout cela en même temps, mais pas seulement. On découvre un univers sombre en France, au XIXème siècle, dont le genre policier est largement mis en avant. Pour ma part, cela me fait penser à notre cher Sherlock Holmes de Sir Arthur Conan Doyle. On retrouve un enquêteur très intelligent et un grand méchant démoniaque qui sont dans la même lignée.
Nous découvrons alors le nouvel officier Ragon lors de sa première enquête sur les meurtres de prostituées. Ce héros hétéroclite, de part son apparence massive, change radicalement de l’image de bel âtre ! Une chose que j’apprécie énormément. Ragon est donc assez traumatisé au début du récit, les fantômes de la bataille de Sedan conduite par Napoléon III, le rongent énormément.
Ce personnage torturé, pour échapper à son passé, se plonge avec avidité dans la littérature. C’est un lecteur compulsif, doté d’une grande intelligence. Au fil des enquêtes, on découvre qu’il résout chaque crime grâce à la littérature. Face à ses manies, ses subordonnées prennent ainsi l’habitude de travailler avec lui, ils sont même admiratifs de cette qualité du héros. Fabien Clavel met au chœur de ce roman, la littérature classique. Il y a de nombreuses références à de grands écrivains : Baudelaire, Victor Hugo, Jules Vernes, Maupassant et bien d’autres.
Dès l’ouverture du roman, il nous décrit le héros comme un albatros : « Essoufflé, quoique jeune, Ragon déplaça son grand corps de plus de deux cents livres avec l’impression d’être un albatros dont on aurait rogné les ailes ». Tout le monde parvient à cité un certain poète :

« A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.
»

L’image du héros donne cette impression de difformité, qui était très représentative dans la littérature du XIXème siècle. Pour Baudelaire, cela faisait parti de son image du « beau », le bien et le mal ne font qu’un. Tandis que pour Victor Hugo, cela démontre un côté comique, une sorte de récit fantastique dont il se fait l’idée du grotesque.
Toutes ces références aux auteurs de ce siècle ont su me faire plonger au centre de cette époque. Le steampunk quant à lui est très peu présent au début du récit. Il se fait progressif, au fil des nouvelles, des enquêtes. On parle au début du marchandage de l’éther. Le seul élément qui pour le moment relit à ce genre littéraire. Ragon veut absolument résoudre l’enquête des prostituées tandis que la police à abandonner l’idée. Son cœur n’est pas étranger à une certaine jeune femme, Lise. On retrouve aussi dans la première enquête, un peu de fantastique lié à la magie.
Comme Baudelaire, la vision de notre héros reste alignée sur le fait que les parias sont sur la même ligne que les bourgeois :

« Il lui semblait que le bordel, comme champ de bataille, contribuait à l’ordre du monde. C’étaient des points d’équilibre qui devaient rester solides dans leurs fondements sous peine de voir toute la société basculer et couler dans l’ordure. »

La première partie du roman contient diverses enquêtes de notre policier, mais la seconde partie se voit tout d’un coup plus intéressante et directement en lien avec toutes les autres nouvelles. La construction du roman est donc logique et permet de comprendre progressivement où l’auteur veut en venir. Pour moi, je n’ai pas cessé d’être impressionné par les éléments ajoutés qui entretienne le suspens dans le récit. Jusqu’à la fin, je fus totalement surprise par le renversement de situation. Je reste même sur ma faim à la dernière page ! Est-ce réel ? Ou les protagonistes sont-ils fous ?
On découvre alors un monde steampunk plus vaste, machine scientifique folle à base d’éther, machine volante, montre à remonter le temps… Bref ! Divers éléments qui font partis de cet univers particulier. Mais ici, il est justement dosé sans en faire trop, on reste dans une certaine réalité. C’est un univers alternatif avec des éléments historiques français totalement réels. On découvre même des personnages historiques comme Maupassant, il est amusant de voir certains d’entre eux tourné vers ce côté surnaturel. Cela fait mouche ! J’ai aimé imaginer ces personnages évolués dans un autre monde.

Dans cette seconde partie du roman, on découvre l’ennemi numéro 1 de Ragon. « L’anagnoste ». Tout comme Ragon, il est passionné par la littérature. Il poussera sans cesse notre héros dans diverses énigmes macabres pour savoir s’il est vraiment capable de mettre en relation la littérature avec une enquête policière. Il veut découvrir si Ragon est vraiment surdoué, s’il est capable d’anticiper les morts qui malgré tout pullulent grâce à lui, l’Anagnoste. Seulement, pour cet ennemi le rival de la littérature est la science, qui a débuté avec l’imprimerie. Les gens fondent désormais leurs connaissances par les écrits et non par transmission comme dans l’antiquité. On découvre une autre image de Ragon grâce à lui, une image plus « étrange ». Encore maintenant, je me demande si c’est la réalité ? Cet élément fantastique dans le récit me trouble vraiment.

La plume de Fabien Clavel est un pur décile qui tient même du divin. J’ai adoré ce qu’il a entreprit dans ce roman. Les connaissances de la littérature qu’il nous offre, nous enchantent et nous comblent. Il nous démontre également des connaissances dans l’art (notamment avec le chapitre de l’asile et la peinture japonaise).
J’aime quand des écrivains usent de citation d’œuvre classique (si bien en littérature française, étrangère ou antique !). Tout est placé avec justesse, les citations nous mène toujours à une résolution de l’énigme, elle nous enrichit l’esprit. Fabien Clavel arrive donc avec la littérature à nous faire découvrir un côté sombre de l’histoire humaine qui détourne des vers, de la prose à son machiavélisme. L’anagnoste est si fascinant !

En conclusion, « Feuillets de cuivre » est une pure merveille que je recommande chaudement. L’auteur nous démontre la connaissance de la littérature à des fins sombres et cruelles. Mais elle nous permet également d’apprendre pour résoudre des énigmes. C’est une histoire basée sur le steampunk, certes. Mais l’élément le plus important du roman est sans conteste la littérature elle-même avec en trame de fond un récit policier doté de fantastique. Merci Fabien Clavel de démontrer encore à quel point vous êtes un grand écrivain !

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