Fictions

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Fictions est un recueil de Jorges Luis Borges publié en 1944. L'oeuvre se scinde en deux groupes de textes : Le Jardin aux sentiers qui bifurquent, et Artifices. Les histoires font ici une 10aine de pages en moyenne, et si certaines sont peu marquantes, d'autres témoignent d'une vraie profondeur. L'écriture s'articule autour des thèmes du rêve et de la mort, du temps qui s'écoule, de l'âme et de la métempsycose. Les schémas narratifs sont des labyrinthes imbriqués, faisant écho à la nature même de ces mondes imaginaires pour un effet de mise en abime des plus réussi. La plume de Borges est, pour ainsi dire, habitée de plusieurs souffles, avec une prose brillante par certains détours. Le ton est versatile, changeant d'humeur comme de style, passant, avec peu d'égard pour le lecteur, de l'intrigue policière à la philosophie, du trait sérieux à l'ironie la plus piquante. Les passages denses et autre bibliographies m'ont moins touché, peut-être parce qu'ils renvoient à une culture qui ne m'est pas familière. Un livre assez inégal finalement, mais qui donne tant matière à réfléchir dans ses références, ses thèmes et sa structure, que je retournerai volontiers visiter encore ses jardins.

Sous des arbres anglais, je méditai : ce labyrinthe perdu, je l'imaginai inviolé et parfait au sommet secret d'une montagne, je l'imaginai effacé par des rizières ou sous l'eau ; je l’imaginai infini, non plus composé de kiosques octogonaux et de sentiers qui reviennent, mais de fleuves, de provinces et de royaumes... Je pensai à un labyrinthe de labyrinthes, à un sinueux labyrinthe croissant qui embrasserait le passé et l'avenir et qui impliquerait les astres en quelque sorte. Plongé dans ces images illusoires, j'oubliai mon destin d'homme poursuivi. Je me sentis, pendant un temps indéterminé, percepteur abstrait du monde. La campagne vague et vivante, la lune, les restes de l’après-midi agirent en moi, ainsi que la déclivité qui éliminait toute possibilité de fatigue. La soirée était intime, infinie. Le chemin descendait et bifurquait, dans les prairies déjà confuses. Une musique aiguë et comme syllabique s'approchait et s'éloignait dans le va-et-vient du vent, affaiblie par les feuilles et la distance. Je pensai qu’un homme peut être l'ennemi d'autres hommes, d’autres moments d'autres hommes, mais non d'un pays; non des lucioles, des mots, des jardins, des cours d'eau, des couchants.

(Février 2019)

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    En couverture, Joseph Mallord William Turner, The Lake, Petworth, Sunset, a Stag Drinking, 1829.

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    L'image en couverture est tirée des travaux de John Atkinson Grimshaw, A Wet Moon, Putney Road, 1886.

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