L'espoir dans le pessimisme

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La littérature absurde, contrairement à ce qu'on pourrait penser, est indéniablement riche de sens, ici, on nous expose quatre personnages : Hamm, paraplégique aveugle assis dans un fauteuil n'ayant que pour seule action de gueuler sur ces trois souffres-douleur ; ces deux parents cul-de-jatte à cause d'un accident de tandem, Nell et Nagg vivant dans deux poubelles distinctes ainsi qu'en quelque sorte son serviteur Clov que Hamm a supposément élevé !
Le monde qui nous est décrit est apocalyptique, invivable, les personnages n'ont pas les moyens de savoir ce qui se passe à l'extérieur, hormis Clov qui peut monter à une des deux fenêtres avec son escabeau...
Tout les personnages sont en situation de survie, leur vie est limitée à rester emprisonné dans une maison face à l'hostilité du monde extérieur.
Sur le plan social, j'interprète cette pièce comme l'allégorie de la caverne de Platon, Hamm est enfermé dans sa zone de confort avec son caractère et ses pensées sans percevoir la réalité complètement dégradée, son fauteuil est opposé aux fenêtres extérieures, il refuse cette réalité et est servi par un jeune naïf, Clov, qui ne sait même pas pourquoi il fait cela (il l'évoque lors de son accès de colère vers la fin du livre)
Le message est clair, la génération qui précède la jeune génération promeut la hiérarchie auprès des jeunes et impose de se taire et faire confiance à ses supérieurs sans se soucier de la dévastation du monde qui nous entoure et que la génération de nos grands-parents est dépassée, ils ne servent plus à rien, sont détruits par l'âge et sont bons pour finir leur vie parmi les rebuts, les déchets de la société (ici accentué par leur habitat que sont les deux poubelles) il n'y a plus que la faucheuse qui leur tend les bras, à quoi bon leur porter de l'attention ?
Clov un moment veut aller chercher un enfant dehors dans ce monde cauchemardesque, Hamm lui en empêche catégoriquement avec son pessimisme présent tout au long de la pièce...

Beckett à mes yeux soutient les générations nouvelles à avancer, s'affranchir de la négligence des générations passées (pas de préoccupation sur autrui comme le réchauffement climatique ou les égalités sociales à l'époque)
Il faut reconstruire ce monde par soi-même et avec les autres en affrontant un monde qui n'est pas dénué d’embûches (le départ de la maison de la pat de Clov à la fin pour s'en aller dans ce monde désert et apocalyptique)
Et que même dans son arrogance et son côté donneur de leçon, Hamm aura tout de même l'impression d'avoir éduqué au mieux son jeune serviteur et rester avec ses vieux objets (son plaid, son mouchoir, son chien en peluche...) et bientôt prendre la place de Nagg et Nell dans la poubelle, ou non si les mentalités ont changées...

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