Wajdi Mouawad a une tête de Xavier Dolan.

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Il y a indéniablement chez Mouawad quelque chose de très attirant, une espèce de facilité qui, quand on y regarde de près, a des airs adolescentes. Un peu comme du Dolan, mais avec des mots.

Je sais, la comparaison est facile, mais le québécois ne fait pas tout !
Chez Mouawad, justement, le québécois est une force : un langage qu'on rencontre plutôt peu en littérature, et au théâtre, un chapelet d'expressions savoureuses qui se récite. Mais après, en plus ? L'écriture de Mouawad est très limitée. Il écrit le texte avec les comédiens, au fil des représentations et des transformations subies, et les mots coulent indéniablement très bien. Mais, trop de répétitions, trop de niaiseries adolescentes tire-larmes pour certaines presque dignes d'une déclaration d'amour de Skyblog ("Je ne t'abandonnerai jamais" tatoué dans le dos ! ). Mouawad qui joue avec les mots, c'est en général un peu comme Dolan qui joue avec le cadre : au début on se dit que c'est sympa, puis y'a des longs monologues, c'est un peu comme si quelqu'un faisait du skate sur fond de Oasis, personne ne peut supporter ça. Les dialogues entre Loup et Luce, par exemple, sont d'une lourdeur incroyable, les références aux tragédies classiques sont explicitement soulignées, surlignées, criées et les faux oracles sont tristement ridicules.

Mais qu'est ce qui fait la force du théâtre de Mouawad alors ? C'est la scène, évidemment. C'est l'ouverture scénique que Mouawad fait parfaitement jouer à son avantage. L'explosion du cadre temporel se fait comme une évidence, et différentes générations de femmes parlent en même temps, leur voix se croisent, ne s'entendent pas, et pourtant résonnent bien. Mouawad joue parfaitement sur l'imagination du lecteur, celui qui se représente sur une scène l’enchaînement des événements, et promet de rompre avec une certaine linéarité : Mouawad promet de se battre contre l'ennui qui guette.

Et c'est là qu'il se prend à son propre piège. Tromper l'ennui, à coup d'un demi millier de rebondissements. Une lignée de femmes maudites, le tout remontant même jusqu'aux nazis pour que le malheur soit complet. On ne sait plus où donner de la tête, on n'arrive plus à savoir qui est qui, qu'est ce qui est arrivé à qui, et chaque nouveau personnage s'est au moins fait violé par le chien de son voisin, en est tombé enceinte (de jumeaux), a violé sa fille puis son fils qui a décidé de tuer sa mère pour pouvoir violer sa soeur et la mettre enceinte (de jumeaux) (le tout préférablement dans un zoo malsain perdu au milieu de la forêt des Ardennes). D'ailleurs, Mouawad n'hésite pas à écrire le monologue d'un père racontant en détail les délices du sexe de sa propre fille, mais la surexploitation du sexe dans une oeuvre qui est paradoxalement vraiment pleine de bons sentiments (vive la résistance et l'amour intergénérationnel et les femmes qui se battent) ça sent cruellement l'ado qui veut faire croire qu'il est adulte.
L'idée de départ n'était pas mauvaise : dans le cerveau d'une femme on retrouve la mâchoire supérieure d'une autre femme, et on cherche à savoir pourquoi (pas de façon scientifique, simplement trouver un lien entre les deux femmes), mais s'en suit une série de découvertes ridicules, et qui se veulent indéniablement tragiques (on cite Racine à la deuxième scène).
C'est plein de trop et de ridicule, c'est un bordel sans nom, et c'est sûrement parce que Mouawad écrit avec ses comédiens, qui ne sont eux-mêmes pas des écrivains.

Il manque une structure, il manque une logique, un parti pris, il manque un but, et il manque malheureusement aussi un style.

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