Mais pourquoi est-il si méchant...?

Avis sur Fouché

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Convention, Directoire, Consulat, Empire, Restauration : entre 1792 et 1815, les régimes se suivent à une vitesse effrénée en France, la vie politique s’apparentant à un véritable ouragan. Les députés sont ballotés sur les bancs des assemblées successives ; les citoyens découvrent que les nouvelles formes de gouvernement sont aussi pourries de l’intérieur que l’ancien régime ; et les têtes volent à tout va dans les giclées de sang écarlate abreuvant à grands flots les pavés de Paris, Nantes, et Lyon. Les puissants de cette époque allument chez leurs concitoyens des flammes aussi vives qu’éphémères, la conviction démontrée lors des discours publics ne trouve d’égale que celle appliquée à trahir dans les antichambres, et l’espérance de vie des leaders politiques ne dépasse que rarement les 2-3 ans après l’accession au pouvoir. Farandole de visages, tourbillon d’alliances et de mésalliances, le pugilat se déroule au grand jour, sous les yeux d’un peuple complètement spectateur, mais surtout sous ceux d’un homme qui observe le plus souvent silencieusement, tapi dans l’ombre et tirant les ficelles : Joseph Fouché.

Traversant tous les gouvernements, toutes les embûches de l’époque, et toutes les attaques incroyablement virulentes de ses contemporains, Fouché a choisi son parti : celui de ne pas choisir. Toujours du côté du vainqueur, prêt à renier père, mère, et ami pour augmenter son pouvoir personnel, le citoyen Fouché sera député ou ministre pendant plus de 20 ans auprès des plus grands, dont il sera à la fois le meilleur ennemi et le meilleur allié. Car Fouché devient rapidement l’unique détenteur de l’information dans cette France où tout le monde se méfie de tout le monde. Ministre de la police, il met en place un instrument d’une efficacité diabolique : la surveillance généralisée ! Dès lors, plus personne ne sera à l’abri, pas même Napoléon !

Zweig réussit le tour de force tout au long de cette oeuvre de nous faire presque prendre le parti de cet être fourbe et méprisable. Pris d’une admiration certaine pour l’acumen de Fouché, l’autrichien nous dresse ici un portrait plus vrai que nature, explorant la psyché d’un être fourbe et pourri jusqu’à la moelle, le tout dans une prose d’une grande délicatesse. Les nombreuses anecdotes sont juteuses et mettent en lumière avec détail les recoins les plus sombres de ce personnage si sordide.

Seconde biographie que je lis de Zweig (après son Magellan), je suis à nouveau impressionné par cette impression de facilité et de légèreté dans l’écriture, ce sentiment de lire un roman d’aventures alors que l’on parle d’un personnage historique. Très fouillé, ce Fouché est une énorme réussite, et me pousse à me demander s’il existe une intégrale des biographies écrites par Zweig…

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