Vénération dégénérée du vénère offensé

Avis sur Génération offensée

Avatar sonicdream
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Je peux être très bête et bourré d'a priori (mais ça fait du bien parfois). J'imaginais volontiers que la Caroline Fourest qui défend de nobles causes mais dont la personnalité médiatique pouvait un tantinet m'agacer avait la capacité d'être un parfait modèle de ce qu'elle dénonce dans ce livre: le radicalisme de la pensée, l'intolérance, le rejet de tout ce qui ne milite pas dans le sens du poil, etc.
Mea culpa, et bravo Caroline Fourest: votre livre fait un bien fou. Il est une leçon de tolérance et d'intelligence, et une magnifique base pour pouvoir débattre sereinement et rationnellement des fléaux de notre époque. Il a le mérite d'énoncer clairement la différence entre deux grands axes de pensée et d'action contemporains: l'universalisme et le communautarisme, qui pourraient peut-être devenir la gauche et la droite d'aujourd'hui, l'Est et l'Ouest, celui qui croyait au ciel et celui qui n'y croyait pas, bref, devenir l' alternative principale de notre époque et remplacer celles dépassées du XX eme siècle.

On peut avoir quelques réserves sur des facilités (ou des rapidités peut-être?) d'écriture, des petits arrangements avec la conscience pour retomber toujours sur ses petites papattes et ne pas froisser certains groupes de lecteurs? Certes, mais l'essentiel n'est pas là, et ce livre constitue un témoignage hyper fort de notre époque et de ses absurdités de pensée, que je rangerais dans mon panthéon contemporain avec le fabuleux "Zaï zaï zaï zaï" de Fabcaro , dans un registre beaucoup plus drôle évidemment.

En jetant un coup d'oeil rapide à la quatrième de couverture, une jeune femme de 25 ans à qui je conseillais ce livre l'a reposé prestement avec un "Et ben ça sera non" définitif, sur le ton de cet horrible "OK boomer" utilisé désormais à tort et à travers.

C'est à dire qu'il n'était même pas question pour elle d'envisager la lecture d'un texte qui pourrait remettre en cause les lignes de conduite morales archi-dominantes de sa génération et de son milieu.(Nous parlons ici, pour caricaturer, des jeunes parisiens du XIeme de l'année 2020 qui boivent des bières sur le Canal St Martin et rajoutent toutes les semaines un caractère au sigle LGBTQA+... tellement ils angoissent qu'on puisse penser qu' ils sont pas cools, alors que hé, au fait et au passage, il existe depuis bien longtemps une lettre pour résumer tout ça: le "Q" de "queer ", ça avait été inventé pour ça, c'est quand même un peu plus simple à utiliser et ça fait moins ballot, non? Bon, je m'égare, et je sais bien, tout ça est archi-réducteur et ironique, donc très bête, mais ça fait du bien parfois aussi, l'ai-je déjà dit?)
Jusque là, j'en voulais un peu à Caroline Fourest d'avoir choisi ce titre qui à mon sens stigmatisait beaucoup trop une génération et ne pouvait que rajouter de l'huile sur le feu mais voilà... j'étais autant choqué par la réaction de cette jeune femme qu'elle avait été choquée par le sujet de ce livre.
Nous en sommes là.
Offense contre offense... on est mal!
On peut juste espérer que cette stupide guéguerre générationnelle partira comme elle est venue, que les concepts d'appropriation culturelle et autres revendications minoritaires débordants de leur utilité première ne seront qu'un feu de paille et que nous pourrons très vite tous nous retrouver pour lutter ensemble contre la bêtise et l'intolérance.
Tous, ensemble, et de la même manière.

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