Une Histoire (éminemment politique) de France

Avis sur Histoire de France

Avatar Stéphane Lefèvre
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L’Histoire de France de Jacques Bainville jouit d’une reconnaissance méritée. L’auteur nous entraîne à travers deux mille d’ans de péripéties diplomatiques, politiques et économiques qui ont construit notre pays. Son style est élégant, sa plume précise et on parcourt les pages de cet essai comme celle d’un roman épique. On découvre avec beaucoup d’intérêt la construction progressive de la monarchie française, des règnes moins connus comme ceux de Philippe VI ou Charles VI, la proclamation de l’édit de Nantes, la négociation des traités de Westphalie ou encore les dessous de l’épopée napoléonienne.

Un petit regret toutefois dans cet ouvrage : l’absence du peuple français. Il s’agit, certes, d’une « Histoire de France » et pas d’une « Histoire des Français », mais qu’est-ce qu’un pays sans son peuple ? L’ouvrage se consacre exclusivement aux intrigues de palais, aux grandes batailles, au conflits dynastiques et aux questions politiques. On en apprend énormément sur la construction du pays, sur les grandes dynamiques historiques et sur le rôle des grands hommes d’État, mais cet enchaînement d’analyse politique a tendance à manquer de souffle et la lecture en devient parfois pesante. À tel point qu’on a parfois l’impression que le royaume de France n’était peuplé que d’une poignée d’hommes, faisant la pluie et le beau depuis leurs châteaux ou sur les champs de bataille.

Il est également important de garder en tête le pedigree politique de Jacques Bainville et le contexte dans lequel il a écrit cet ouvrage. D’une part, l’homme de lettre était monarchiste et membre de l’Action française. Ce détail, qui n’en est pas un, permet ainsi de comprendre le regard très favorable qu’il peut parfois porter sur la monarchie et sa défiance vis-à-vis de la Révolution. D’autre part, il publie ce livre en 1924, au sortir de la Première guerre mondiale et à tendance à vouloir interpréter l’ensemble de l’Histoire de France à celle d’une lutte bimillénaire avec le voisin allemand. Toutefois, on ne saurait pour autant lui reprocher un manque d’objectivité. Il n’est pas moins sévère quand il s’agit de juger le règne de certains monarques que des politiciens de la IIIème République, il reconnaît à Bonaparte les mérites qui sont les siens et ne tombe à aucun moment dans des règlements de compte avec la République. Et même si les tensions avec l’ennemi germanique sont parfois soulignées de manière très insistante, il n’en oublie pas moins les autres pays avec qui la France a pu s’affronter au cours de son Histoire : les Anglais, les Flamands, les Espagnols ou encore les Autrichiens.

En somme, un ouvrage extrêmement instructif, rédigé avec érudition et élégance. Une lecture qui mérite toutefois d’être recontextualisé, afin d’en saisir toutes les nuances avec le recul nécessaire. Mais une fois ces précautions prises, c’est avec un véritable enthousiasme intellectuel que l’on découvre cette version dissonante du récit national, en dehors des jalons posés par l’éducation républicaine. L’œuvre de Bainville est à ce titre doublement historique : elle nous conte l’Histoire de France, mais aussi celle de la droite conservatrice monarchiste de l’entre-deux guerre, celle d’un homme qui craint de voir son pays sombrer dans l’abîme à cause du manque d'autorité ; autorité que seul pourrait lui apporter un roi. On peut ne pas partager son analyse, mais s’il est bien quelque chose qui transparait à travers ces lignes et qu’on ne saurait reprocher à Jacques Bainville, c’est son amour indéfectible pour la France.

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