P.O.U.M.-P.O.U.M. GUY

Avis sur Hommage à la Catalogne

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A l'école, l'étude de l'Histoire est presque uniquement portée sur une analyse du XXème siècle, on boit jusqu'à plus soif de la Première Guerre mondiale, de la Seconde Guerre mondiale ou encore de la Guerre Froide. A côté de cela des événements fondamentaux et très éclairants sont omis, la Guerre Civile espagnole est une de ces omissions.

Autant dire que "Hommage à la Catalogne" vient combler ce vide avec brio.

George Orwell, au cours de l'année 1936, prend connaissance de la situation espagnole et ne peut que s'engager dans ce conflit et dans cette révolution qui portent si haut la liberté. C'est ainsi que de décembre 1936 à juin 1937 Orwell combat sur le front d'Aragon au sein d'une milice du P.O.U.M (Parti Ouvrier d'Unification Marxiste), est témoin et participe aux Journées de mai à Barcelone, tente de s'enfuir d'une ville de Barcelone qui traque anarchistes comme anciens membres du P.O.U.M.

Hommage à la Catalogne n'est pas tant un livre d'histoire ou un écrit politique qu'un témoignage d'une incroyable vigueur : ici pas de descriptions fades et sans vie, pas d'austérité historienne, on a cette impression d'être catapulté dans le conflit et d'être nous-même dans ces misérables tranchées espagnoles face à la menace fasciste.
George Orwell nous livre aussi l'état d'esprit de l'époque, son état d'esprit mais aussi, et plus important encore, il nous montre le glissement de l'idée : "on ne sépare pas la guerre de la révolution" qui devient "il faut gagner la guerre avant de penser à la révolution".

Ce combat des anarchistes pour la liberté, pour l'égalité et pour une société sans classe est trahi par les communistes qui ont préféré l'efficacité militaire et craint une révolution en Espagne qu'ils ont essayé, avec tous leurs moyens, de tuer dans le berceau. Ce récit, si on peut l'appeler récit, nous montre la fin d'un rêve, d'un idéal qu'une véritable révolution aurait pu faire éclore : celui d'une société juste et égalitaire en Espagne mais révèle toute l'espérance de George Orwell en l'Homme, et en les hommes qu'il a croisés tant sur le front qu'à Barcelone.

La lecture de l'Appendice (I) à la fin du texte est impérative : en très peu de lignes Orwell parvient à nous imprégner de l'atmosphère politique de l'époque et des querelles de partis mais aussi à nous faire prendre conscience des véritables enjeux du conflit.

Je finirai sur une citation qui m'a beaucoup frappée par sa justesse :
"[à propos de la ligne politique du P.O.U.M.] : C'est une absurdité de prétendre s'opposer au fascisme au moyen de la "démocratie" bourgeoise. "Démocratie" bourgeoise, ce n'est là qu'un autre nom donné au capitalisme, tout comme fascisme ; se battre contre le fascisme au nom de la "démocratie" revient à se battre contre une forme du capitalisme au nom d'une autre de ses formes, susceptible en tout instant de se transformer en la première."

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