Tour infernale

Avis sur I.G.H.

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Quarante étages, mille appartements et deux mille notables triés sur le volet qui partent complètement en vrille : les ingrédients de cet "Immeuble de Grande Hauteur" avaient tout, absolument tout pour séduire. Après le roman érotique déviant (Crash !) et le roman d'aventure décalé (L'Île de Béton), James Graham Ballard achève ce qui sera considéré plus tard comme sa "Trilogie de Béton" par ce démontage en règle d'une société propre et lisse qui bascule dans l'ultraviolence et la dépravation en répondant à ses pulsions les plus mesquines et les plus primitives.

Quel dommage qu'à partir d'ingrédients aussi prometteurs, l'auteur ne parvienne à aucun moment à faire monter la mayonnaise et nous embourbe dans une histoire qu'il semble inventer au fur et à mesure sans véritable vision. C'est avec déception qu'on constate que les premiers dérapages, les premières incivilités et les premières horreurs dans la tour résultent de deus ex machina et non pas d'une progression logique des personnages ou des situations (les personnages "ressentent" qu'ils doivent agir de telle ou telle façon, "ressentent" qu'ils peuvent s'adonner à des déviances), amenant à des comportements complètement inattendus et incohérents. Ballard substitue des conduites invraisemblables à la façon dont les gens agissent réellement. La formation des différents "clans" dans l'immeuble est ainsi difficilement explicable, nulle part justifiée, et complètement improbable. Il n'y a pas du tout de sensation d'engrenage dans l'escalade des comportements au sein de la tour, cette montée semble se faire d'elle-même. La violence et la furie s'abattent sans raison, sans être issues de rien. Le message de Ballard est complètement opaque.

James Graham Ballard est probablement un bon inventeur mais sa piètre représentation du comportement humain, sa narration confuse et le manque de crédibilité de son propos rendent ses idées de départ au mieux sans saveur, au pire franchement chiantes à lire. Pour I.G.H., c'est surtout la deuxième option qui prime. Laborieux.

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