Hitler découvre la modernité.

Avis sur Il est de retour

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Par Ludovic Barbiéri

A l’unanimité, le jury du grand prix de la meilleure couverture, composé de designers chevronnés, d’une poignée de lecteurs imaginaires et de l’auteur de ces lignes, décerne sa récompense annuelle aux maquettistes qui ont imaginé le graphisme d’Il est de retour, carton en Allemagne depuis sa parution en 2012. Sur fond blanc, la mèche caractéristique d’Hitler est en noir, et le titre figure la petite moustache étroite. Imparable. On ferait peut-être bien de s’en tenir là, d’ailleurs, car ce qui suit n’est pas forcément à la hauteur de la promesse.

Il est de retour, donc, est une fable politico-comique qui a propulsé Timur Vermes, journaliste jusqu’alors quasi inconnu, au rang de best-seller hors catégorie dans les librairies allemandes (plus d’un million d’exemplaires vendus). Le scénario : Hitler se réveille bizarrement en 2012, à Berlin, dans un jardin public. Il n’a aucune idée de ce qu’il fiche là, ni de la raison pour laquelle il a ressuscité. Malgré son look, personne ne veut croire qu’il est le vrai Hitler. La plupart des gens s’imaginent qu’il s’agit d’un humoriste. Résultat : une chaîne de télé lui donne une chronique, qui devient bientôt un véritable show…

Le scénario est plein de potentialités, mais Vermes n’est pas suffisamment armé pour tenir la longueur. Il use et abuse de vieilles casseroles comiques dans le genre « Hitler découvre la modernité », façon Les Visiteurs (on pense souvent à la scène où Christian Clavier se rue sur la 4L du facteur), et traîne beaucoup en route, d’où un pavé sans nerfs et sans rythme. En outre, il opte pour le choix curieux de faire parler Hitler à la première personne ; pourquoi pas, sauf qu’il se débrouille pour le rendre sympathique, avec un côté naïf et décalé, une hystérie expansionniste délirante et une incompréhension totale des codes du politiquement correct contemporain. D’où une gêne lancinante, que n’annule hélas pas la réussite des effets comiques.

L’honnêteté oblige malgré tout à admettre que certains gags sont drôles, et que Vermes a deux ou trois bonnes idées. Le recours systématique d’Adolf à des images militaires, par exemple, a quelque chose d’irrésistible. Pour le reste, Il est de retour est une comédie honnête et un peu lourdaude, dont le succès en Allemagne ne s’explique pas seulement par des facteurs littéraires. Evidemment, les éditeurs, allemand comme français, prennent soin de présenter la chose comme une satire du retour des extrémismes, etc. On n’est jamais trop prudent. Mais ils ont le bon goût d’entrer dans le jeu de l’auteur et d’y mettre leur part de gag, en vendant le livre 19,33€. La meilleure farce du roman. Comme quoi, conservez le ticket de caisse.

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