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Jane Eyre par Samskeyti

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Suivi des aventures de Jane Eyre, jeune orpheline anglaise, qui oscillera entre déveines et opportunités la menant au grand amour.

Pitch assez simple pour un récit prenant et dépaysant.

À déplorer je dirais la simplicité de certains caractères qui nous font sentir le ressentiment que l'auteure peut avoir pour certains "types".
En découle donc une aristocratie complètement méprisante et dénuée d'une certaine intelligence cristallisée dans la personne de Blanche Ingram. La seule trouvant grâce physiquement, intellectuellement et humainement aux yeux de Charlotte Brontë sera une Rosamund Oliver qui semble tout de même payer le prix de la perfection par l'inefficacité de ses charmes sur St-John. Par ce manque d'histoire d'amour profonde pour ce personnage on sent une fausse objectivité, comme si le personnage avait été introduit pour donner l'illusion d'un point de vue nuancé mais que lui offrir un bonheur parfait aurait fait trop de mal à l'auteure. À défaut d'être assurément vrai, c'est le ressenti que j'en ai eu.
De la même manière on a une confrontation entre la famille Reed qui sera frappée d'une déchéance à plusieurs niveaux face à la famille Rivers qui ne fera que monter en grade. Un parti pris assez énervant et hypocrite. Le recours au deus ex-machina (j'essaye d'employer un terme technique là) via l'oncle qui au final n'aura eu d'utilité que dans sa mort pour donner le bonheur aux Rivers et à Jane Eyre via l'héritage semble être une ficelle assez grossière.
De la même manière, les français en prennent pour leur grade. Ce qui en apparence n'était qu'un détail fortuit du personnage de Céline Varens - libertine, malhonnête et manipulatrice - s'étend à sa fille Adèle qui peinera à trouver les grâces de Monsieur Rochester et ne recevra qu'une affection modérée de la part de sa maîtresse. Et au-delà de ça (oui parce que ça va plus loin), chaque fois qu'il est fait mention de chacune, des pensées sont disséminées à un niveau plus global sur la France, on peut donc lire sur la fin "En grandissant, une solide éducation anglaise corrigea dans une large mesure les défauts qu'elle tenait de son origine française."... Oui quand même, ma fibre patriotique en a pris un coup. Surtout que ce genre de réflexions peinant à trouver une source réaliste dans le vécu de Jane Eyre, on sent que ce ressentiment vient peut-être d'autre part (OUI J'INSINUE CHARLOTTE).
D'ailleurs au sujet d'Adèle, en plus de sa condition de vulgaire française, le fait qu'elle soit une enfant ne semble pas non plus jouer en sa faveur. Elle est limitée à une sotte éreintante mais gentille (imbécile heureuse diront certains). À aucun moment je n'ai eu le sentiment d'un réel attachement ou même qu'elle ait une réelle personnalité (comme si sa présence ne servait qu'à légitimer l'apparition de Jane Eyre comme maîtresse, à l'introduire). Sans compter que la mention de l'enfant qui naîtra de l'union de Mr. Rochester et Jane Eyre en toute fin de livre ne sera qu'évoquée en deux mots. La notion même d'enfant étant identifiée comme présage de malheur quand on en rêve. Bref, elle aime pas les mômes.

Ce sont donc de gros défauts que j'y ai relevé sans compter la relative platitude où la passion n'atteint pas son paroxysme et reste dans un certain carcan moral (de ce que j'ai lu à l'époque c'était difficile de faire autrement étant donné que la scène du baiser ou de Rochester prenant Jane sur ses genoux a suffit à faire des vagues) et l'énervant refus du bonheur sans aucune raison lors de la fuite de Jane en apprenant la bigamie (largement pardonnable) de son bien-aimé.

TOUTEFOIS ! (je sors le grand jeu, des majuscules) On retrouve le romantisme et le charme de la littérature anglaise dans des lieux éloignés de la civilisation trépidante de plus grandes villes. J'ai pris un énorme plaisir à reprendre ma lecture où je l'avais laissée la veille (limite si j'attendais pas ça toute la journée) et cet amour absolu a réussi à bien des moments à être touchant (j'ai versé ma petite larme sur les retrouvailles et les déclarations qui s'en sont suivies bien que les discours soient trop guindés pour me faire totalement fondre).
Le style d'écriture est fluide sans être exceptionnel. L'histoire offre suffisamment de rebondissements et d'ouverture de nouveaux pans de vie pour stimuler l'intérêt.

Bilan donc en demi-teinte mais j'ai pris un réel plaisir à m'y plonger. Son statut de classique n'empêche simplement pas la clairvoyance sur ses manques de finesse.

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