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Jane Eyre par pragmatisme

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J'ai beaucoup aimé ce long roman, l'intrigue captivante et ses nombreux rebondissements, la réelle qualité des descriptions des caractères et des paysages de la campagne anglaise.
Jane Eyre est d'abord une histoire d'amour qui s'épanouit au fil des pages et ne se renie jamais. La situation amoureuse est complexe, Jane et Mr Rochester sont confrontés à de nombreuses difficultés dans leur vie personnelle que l'on découvre peu à peu. Les personnages se révèlent progressivement, chaque épreuve est une étape. Jane s'exile avant de revenir aux sources.
Le roman est aussi une critique de la société anglaise du XIXè s, de ses convenances, de ses classes sociales, du confort des riches et des privations des pauvres, de sa religiosité. C'est une critique acerbe des conditions de vie et de l'éducation de l'enfance recueillie en institution.
Le roman décrit par ailleurs l'évolution de Jane et sa croissance spirituelle. L'héroïne apprend d'abord à adapter son désir d'autonomie à sa situation de dépendance. Enfant, elle dépend de parents riches puis elle se prend en charge en enseignant et elle passe progressivement de la soumission à l'affirmation d'elle-même. Elle apprend d'autre part à maîtriser ses émotions. Elle vit des expériences qui accompagnent l'élévation à l'âge adulte et atteint la maturité émotive et spirituelle. Profondément croyante, elle fait la part entre l'humanité, les exigences du Révérend St John, engagé dans un sacerdoce exigeant et son approche spirituelle personnelle, sa propre pratique de la religion. Les hommes qu'elle rencontre contribuent aussi à cette affirmation d'elle-même. Elle doit se dégager de leur influence avant de décider de prendre son destin en main et de choisir par elle-même. Les références à la psychologie des personnages sont fréquentes dans le livre, sans pour autant dominer le récit. C'est un regard particulier sur la folie et sur les fous. La folie de Bertha bien sûr dont l'état est particulièrement préoccupant - elle incendie, elle poignarde, elle mord et elle détruit. Elle vit et se conduit comme une bête, elle inspire à ses proches le dégoût et les plonge dans un profond désarroi. Mais le trouble psychique ne touche pas que Bertha. Il affecte chacun des personnages principaux. Le mysticisme, le despotisme, la tyrannie et le désir de toute puissance chez St John, la superstition chez Jane, la duperie et la détresse chez Rochester.
Enfin, je suis absolument séduite par la plume de Charlotte Brontë, légère et précise et qui laisse une grande place aux dialogues. Les phrases sont fluides, équilibrées et le vocabulaire est riche. C'est un roman d'émotions dans lequel on entre entièrement, comme happé par l'intrigue. Je le recommande vivement.

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