Comme un pavé dans la tronche !

Avis sur Je gagne toujours à la fin

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En 2003 paraissait Je gagne toujours à la fin de L’IndispensablE Tristan-Edern Vaquette. Un livre percutant, novateur, au carrefour du roman d’aventure historique et de l’autofiction, qui remportait le Prix Goya et loupait de peu le Prix de Flore.

Plein d’audaces, Je gagne toujours à la fin raconte l’histoire de Vaquette, un personnage anticonformiste qui entre dans la Résistance dès les premières heures de l’Occupation. D’abord pacifiste sincère, non-violent, et commettant des actes isolés de sabotage, la force des circonstances l’amènera à choisir la lutte armée. Bixente et Artémise deviendront alors ses deux complices, mieux, ses amis avec lesquels il combattra le pouvoir, la bêtise et la lâcheté des uns et des autres, qu’ils soient inféodés au Reich, caissière à la piscine ou engagés dans la lutte antifasciste. Autrement dit, avec la Bande à Vaquette, tout le monde en prendra plein la gueule !

S’ouvrant sur une scène de vindicte populaire qui oppose Vaquette à la foule, le roman se fait ensuite plus difficile, plus « profond », plus trépidant : les « scènes d’action plus palpitantes qu’une partie d’Unreal Tournament à balles réelles » (Stig Legrand) ne manquent pas. Et considérablement ludique : reconnaissable entre 1000, le style de l’auteur se traduit notamment par un savant mélange de digressions intellotes et drolatiques, qui font de Je gagne toujours à la fin une des œuvres – si pas la seule – les plus interactives de la littérature française des années 2000.

Le livre, saupoudré de détails autobiographiques, comprend plusieurs tableaux consacrés à la liberté d’expression. L’un d’eux, se déroulant dans un tribunal, fait référence à un procès de Costes et est grandement inspiré par une lettre de soutien de l’auteur à ce dernier. Les arguments ainsi que les multiples provocations de plaidants comme Jasper l’IncroyablE, sorte de bouffon misanthrope, en séduiront ou agaceront plus d’un !

À la croisée d’un Vincent Cabral, pour son impertinence, et d’un Renzo Novatore, pour son héroïsme, le personnage incarné par Vaquette est donc haut en couleur (c’est un euphémisme). Son humour décapant et ses fulgurances de lucidité excitent les synapses comme des coups de tonfas ou de pavés, comme le spectacle d’un camp d’enfermement qui crame !

Si Vaquette, le super héros de la Résistance, était d’un « camp », ce serait le sien propre. Celui de l’individu en quête de grandeur, à la façon d’un Zarathoustra boosté au punk hardcore. Celui du « trashilosophe » (Stig Legrand, encore !) dont une partie de la pensée constituerait aisément un manifeste individualiste et libertaire. Celui de l’électron libre iconoclaste qui pense mal et raisonne bien.

Entre les réflexions et les dialogues sur l’ambition, la liberté, le pouvoir et le courage, entre le plasticage de bunker et les blagues potaches, les sauts temporels et les anachronismes fendards (certains personnages des années 1940 ont l’éloquence de djeuns contemporains), l’auteur parvient également à rendre Vaquette émouvant lorsqu’il lui fait exprimer ses nombreux doutes, ses peurs, ses idées sur l’amour.

La fin du roman est évidemment culte, aussi grandiose que Du champagne, un cadavre et des putes, la dernière création littéraire de L’IndispensablE et dont le premier tome est paru en décembre 2018.

Pour conclure, Je gagne toujours à la fin est donc une œuvre qui devrait régaler les amateurs de littérature d’avant-garde mais pas chiante, avec du fond, de l’humour (parfois très noir) et une rare liberté d’esprit subvertissant les conformismes intellectuels. Un must en tous points original, commandable en librairie, sur le site de l’éditeur et, dédicacé en prime !, sur la page VPC de l’écrivain.

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