Avis sur

Je suis une légende par FloraarolF

Avatar FloraarolF
Critique publiée par le

Dans ce livre, très mal exploité au cinéma, on à l'histoire d'un homme qui se retrouve seul sur terre contre une horde de vampires morts-vivants aux visages familiers. On alterne des longs monologues intérieurs ou l’on suit les questionnements de Robert Neville avec des moments d’action et de suspens. L'intérêt du livre réside dans les zones d’ombres qui seront progressivement éclairées à travers les personnage de Néville. Il est court mais riche, on à une enquête identitaire, une enquête scientifique, une histoire d’horreur post-apocalyptique, du huis-clos, de la psychologie et aussi de la philosophie.

C'est du genre post-apocalyptique, on est entre la science et la croyance, entre le vraisemblable et l’absurde. Matheson exploite l'argument scientifique pour crédibiliser son récit en le nourrissant du folklore vampirique. Dans ce joli contexte on à un héros par dépit, un héros “décalé” qui est ordinaire et devient extraordinaire par les circonstances, ici par le fait qu’il est le dernier homme sur terre. Il est le héros de ce qui pourrait être une légende, il est l’exploit d’une ère révolue d'où le titre. “Je suis une légende”.

Le long du livre ce sont ses rituels qui le maintiennent en vie, qui l’empêchent de voir le caractère absurde de l’existence, il survit juste, le sens de ses journées est donné par le seul fait d’exister comme un humain face à ce qui est son contraire : les monstres, les vampires. Ce sont son contraire car, eux, construisent un nouvel ordre social contrairement à notre héro, qui lui, est seul, étant le dernier homme sur terre. Il va chercher la proximité des siens, d’abord un chien, puis ce qu’il pense être une humaine. Le passage ou il essaye d’apprivoiser le chien est extrêmement puissant et poétique. On retrouve cette dichotomie de l’humain, entre la solitude et la société, l’individu et la communauté, inhérente à ce questionnement éternel qu’est le sens de la vie : s’il n’y à personne avec qui la partager à quoi bon vivre, la mort étant la fin inéluctable de cette histoire. Mais n’est-il pas déjà mort dès lors qu’il est seul, la mort deviendra-t-elle pas un soulagement pour lui et pour le lecteur? vivre dans le sommeil de l’alcool n’est-ce pas déjà une petite mort? D'où l’ironie du livre, la peur de la mort est la motivation centrale du récit, il veut vivre pour ne pas mourir et devenir comme eux, des morts-vivants, mais on se rends compte que mourir serait comme une libération de la vie, l'accès à un autre état, plus vrai puisque l’on n’est à plusieurs pour rendre une réalité efficiente.
Néville vivrait dans un monde où les mots sont mal placés, ou ses définitions ne sont plus les justes. Il n’est que le fantôme d’une réalité qui est devenue obsolète. C’est une sorte de Don Quichotte mélangé avec un Robinson Crusoé de la science fiction.

(attention spoil)
Le lecteur réalise que ces êtres ont évolué pour former une nouvelle société, et que l’anomalie s’avère en réalité être Neville lui-même, puisqu’il est leur meurtrier, l’incarnation de leur peur à eux. L’incarnation de la peur va donc s’inverser: on se conforte généralement à voir la peur dans ce qui nous est inconnu, et nous allons donc l’attacher à des figures fantasmés, telle que les vampires, les loups-garous, les zombis. Matheson veut signifier qu’au contraire la peur peut se dégager de l’homme lui-même. Matheson va remettre en question la validité de nos peurs elle-même. Il utilise le vampire et le mort vivant avant tout parce qu'ils nous ressemblent et rappelle qu’il n’y a qu’un tiret qui sépare le “mort” du “vivant”.

Ce livre reste une oeuvre qui parle de la condition humaine avant de parler de monstres, il est autant philosophique qu'aventureux. Il relativise sur notre nature en montrant nos contraires, le fait qu’il y ait des monstres donne un regard sur l’homme, dit que l’individu n’a plus de poids moral face à la masse, qu'il n'est rien sans le social et enfin, renverse notre incontestable notion du bien et du mal, ceci sans être cucu et avec beaucoup de puissance, de justesse rythmique et de poésie.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 218 fois
3 apprécient

Autres actions de FloraarolF Je suis une légende