Après moi les démons

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Dans un monde anéanti, Robert Neville semble être le dernier homme.
Il y a quelques années, un mal d'origine inconnue défigura l'humanité toute entière pour la transformer en vampires. Aujourd'hui recroquevillé dans sa maison forteresse, Neville lutte contre ces rôdeurs morts-vivant et tente de percer le mystère de cette pandémie à l'origine du chaos.

L'écriture est simple, limpide. Richard Matheson écrit sans fioritures, il raconte le quotidien de Neville d'une manière presque mécanique, égrainant ses différentes actions de l'aube au crépuscule du jour. Période d'accalmie car les vampires n'épouvantent que la nuit. Même quand l'auteur s'attelle à décrire la solitude du héros, l'introspection est légère, presque suggérée. Le sentiment de fin du monde apparaît en filigrane, mais n’est pas complètement implanté dans notre esprit. C’est dommage car si l’empathie émerge pour le personnage de Neville, la retenue dans l'écriture de Matheson entretient comme une distance entre lui et nous.

Les deux tiers du livre oscille dans cette linéarité. Nous sommes tantôt curieux de découvrir les investigations de Neville, tantôt déçu de ne pas être suffisamment impliqué dans le récit.
Les passages d'affrontement avec les vampires sont brefs, violents, mais néanmoins assez intenses pour raviver l'intérêt. Quand aux recherches scientifiques à tâtons de Neville, elles, sont également succinctes, schématiquement dévoilées. Comme traduites directement d'un manuel de biologiste. J'aurais aimé un traitement plus littéraire dans leurs cheminements, même si la notion de vampirisme, trame du livre, reste efficacement décrite.

La dernière partie du roman est sans aucun doute la plus passionnante. Sans dévoiler ici son issue, je dirais qu'un sens du tragique envahit subitement les mots de Matheson. L'espoir chichement entretenu tout le long de l'histoire s'éteint et un implacable changement s'amorce.
Neville passe du statut de dernier homme à celui de fantôme d'un monde révolu.
Les phrases de Matheson s'épaississent alors, le désespoir s'y engouffre, et la gravité finit par imprégner cette terre post-apocalyptique jusque-là trop inexpressive.
Dans les lettres comme dans le récit, la sélection naturelle a filtré les impuretés pour n'en garder qu'un souffle dramatique et primitif.
Comme un ultime vertige libérateur devant le linceul de la civilisation.

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