Le difficile exercice du tombeau

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Avatar Laurent Kiefer
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Richard se meurt.

Dans un hôpital dont il espère prochainement sortir, Richard est visité par le narrateur, Dominique, qui relate à la fois l’état du malade et les riens banals sur lesquels s’est bâtie leur relation, depuis l’adolescence. Le temps passe, les visites se succèdent, les amis défilent. La fille de Richard, d’anciennes compagnes. Richard ne va pas mieux. Richard a brûlé la chandelle par les deux bouts. Il s’agit de payer à présent. Il aimerait juste rentrer chez lui.

Par son écriture à l’économie, blanche, respectueuse du sujet Richard, dont on devine rapidement qu’il ne s’agit pas d’un personnage de fiction, Dominique Fabre dit avec pudeur et exactitude les mots de rien, de ceux qu’on n’ose prononcer, ou dont on tente vainement d’user pour combler un vide qui n’est autre que celui que laisse derrière lui un être sur le départ. Il dit la détresse. Il dit le regard terrible de ceux qui sont en train de s’éloigner, qui semblent voir déjà par-delà la vie, dans un lieu dont ils ne peuvent rien partager avec nous.

Mais le second sujet du livre, c’est l’amitié, et la chronique d’une jeunesse dans les années 70, d’une jeunesse un peu défoncée, cherchant ses limites, les dépassant et en payant le prix fort. Entre les visites à l’hôpital se tissent des souvenirs qui tentent d’éclairer, si possible, les raisons intimes qui ont fait que l’amitié a perduré, entre Richard et Dominique, mais également entre Richard et le reste d’une bande de copains dépassée par la disparition imminente d’un des leurs. Le court roman se veut un tombeau, et Dominique Fabre se plie à l’exercice avec le même style neutre, nourri de fragments de souvenirs, de bribes de dialogues, de phrases courtes et quasiment similaires, pour ne pas dire indifférentes.

Rien de plus complexe que de donner les raisons d’un amour, les cerner est déjà un long travail. Les donner en partage en est encore un autre. Et la description de Richard, Richard le vif, Richard le fougueux, celui qui précéda le moribond, est tout sauf aimable. Le charisme dont il faisait preuve, et qui fit de lui le petit protégé de cette bande d’adolescents trop vite grandis, trop vite jetés dans la furie banale de la vie, ce charisme nous reste étranger. Quant à ceux qui restent, les amis, les proches, ils sont juste brossés en silhouettes elles aussi vaguement banales, des prénoms dont on n’apprendra pas grand-chose. Richard demeure un mystère. Volonté de l’auteur (la mort étant aussi mystérieuse que la vie), ou incapacité à sortir du deuil, manque de distance, ou bien encore application à demeurer stylistiquement homogène, toujours est-il que c’est moins pour Richard que le lecteur ressent un soupçon de sympathie, que pour l’auteur du roman, dont on perçoit la douleur simple, et l’incompréhension. Sentiments qui sont, en pareil cas, universels.

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