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L'Action française, culture, société, politique...

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Cela peut paraître étonnant, mais l’Action française était autrefois un mouvement bien différent du conglomérat de racailles blanches et décervelées qu’elle représente aujourd’hui. Il faut dire que l’Occupation est passée par là, avec l’incroyable prestation comique de Maurras : brailler contre les Fridolins en vendant la Résistance à la Wehrmacht. Pas mal ! Comme quoi la germanophobie se dilue parfaitement dans le purin antigaulliste et anticommuniste. Si vous vous demandez encore ce que veut bien dire le sigle AF entre 1940 et 1944 (2019 ?), ce n’est pas compliqué : « Anti-France ». Mais avant d’être sanctionnée par l’histoire, que pouvait bien représenter l’Action française dans le champ des cultures politiques ? Tout simplement la preuve qu’il était possible de penser à droite, à l’instar de notre actuel GRECE. Aucun rapport toutefois entre les monarchistes et les euro-païens regroupés autour d’Alain de Benoist, que ce soit en termes strictement idéologiques ou organisationnels, si ce n’est un discours orienté vers la reconquête intellectuelle et la politisation culturelle.

Troisième tome recensant les actes d’un colloque consacré à l’Action française et à son chef, celui-ci se focalise sur la culture politique du mouvement monarchiste. Il est fort étonnant de constater le dynamisme d’une ligue que Rebatet taxera plus tard d’ « Inaction française ». Néanmoins, la fossilisation progressive de l’AF résulte avant tout des conséquences dévastatrices de la Grande Guerre sur ses effectifs et de l’incapacité de son chef à faire évoluer ses idées au même rythme qu’une Europe bouleversée (et attirée) par l’apparition conjointe de l’URSS et du fascisme. Pourtant, dès 1906, l’AF fonde l’Institut d’Action Française et cherche à lutter philosophiquement en jouant sur le double tableau positiviste-catholique, au moment même ou le kantisme et le spiritualisme bergsonien dominent l’ENS et la Sorbonne. De 1900 à 1914, Maurras et ses hommes développent une solide vision du monde associant culte de la Grèce antique, catholicisme et défense de la France monarchiste, sans nier les apports de la modernité, au premier chef la philosophie d’Auguste Comte et surtout l’usage de la presse, totalement politisée par ailleurs, si bien que l’historienne Priscilla Parkhurst Ferguson a pu repérer la plupart des thèmes nationalistes de l’AF dans les banalités du journal (Les chroniques de la vie ordinaire dans L’Action française). La Première Guerre mondiale permet de voir un journal totalement engagé dans la lutte idéologique, assimilant Kant et Krupp, l’Allemagne impériale à un rousseauisme déchaîné vis-à-vis de la France.

Livre d’histoire et surtout d’histoire des idées, Le maurrassisme et la culture est l’une des meilleures entrées en matière (avec le Cahier de l’Herne dédié à Maurras) pour découvrir l’incroyable équipe du Martégal (Jean Rivain, Jacques Bainville, Léon Daudet, Thierry Maulnier), mais surtout une idéologie politique dépassée et métastasée dans les années 1930 par des éléments radicaux ayant préféré la croix gammée à la fleur de lys. S’agit-il d’une trahison ? Le discours de Maurras n’ayant rien d’innocent, il convient de dire que la propagande vindicative de l’AF à l’égard des Juifs, son goût pour l’Antiquité et la « nature » permettaient de dangereuses passerelles avec l’Allemagne nazie, sentiments germanophobes mis à part : Rebatet et Brasillach ne s’y sont pas trompés. Sur la période trouble de l’Occupation (trouble pour les miros qui tentent encore et toujours d’attribuer à Maurras et à ses plus fidèles groupies le statut de « super résistants » pendant que les hommes du CNR se prenaient des cartouches de Gewehr 43 dans le buffet, dissidents maurrassiens compris), Bénédicte Vergez-Chaignon et Guillaume Cros apportent des éclaircissements forts intéressants. Un bouquin essentiel pour parfaire sa culture politique et ses connaissances sur un drôle de mouvement (beaucoup plus digeste que l’ouvrage de François Huguenin sur la question), au faîte de l’intelligence dans les années 1900-1930, ayant décliné à cause du copinage de Maurras avec Pétain, de l’émergence du gaullisme, d’un monde ayant dépassé le roi pour toujours.

Je me permets également de signaler deux ouvrages consultés en librairie et auxquels Olivier Dard a participé, impossibles à acheter à moins de revendre un de vos reins en Birmanie : Charles Maurras et l’étranger, l'étranger et Charles Maurras ainsi que Célébrer Salazar en France (1930-1974) : Du philosalazarisme au salazarisme français. Car si l’on veut trouver un critère capable d’évaluer l’influence de l’AF en dehors des frontières françaises, il suffit de constater l’écho dont a bénéficié le nationalisme intégral, notamment en Europe et en Amérique latines. Affaire à suivre.

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