La complainte de Kaer Morhen.

Avis sur L'Épée de la providence

Avatar BenjaminGuyot
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Oh que j'étais content! Je ne vais pas revenir sur le chemin qui m'a mené jusqu'au Sorceleur (j'en ai parlé il y a deux jours, lors de la critique du premier tome), mais je peux de nouveau souligner la surprise qu'est pour moi cette saga. Peu confiant dans les oeuvres qui font du bruit (mais ayant quasiment tout le temps tort), je ne m'étais jamais trop penché sur le sujet "Geralt" et vais donc de bonne surprise en bonne surprise. Le premier tome m'avait laissé une très bonne première impression, avec ce choix (assez déséquilibré tout de même) des nouvelles pour construire un univers, couche après couche. Et j'avais réellement pris beaucoup de plaisir à découvrir les personnages, qui à eux seuls justifient la saga, et l'univers médiéval du sorceleur. On y reviendra, mais on peut d'ores et déjà se confier que ces deux premiers tomes manquent un peu de perspective quant à la suite des évènements.

Alors vous vous doutez bien que j'étais tout excité à l'idée de revoir mon bon Geralt se torturer en sentant de la groseille à maquereau (parfum que personne au monde ne semble connaitre par ailleurs...) ou en trucidant de la kikimore survoltée. J'étais impatient de retrouver les traits d'esprits du prurigineux Jaskier et bien sûr les courbes délicates de la mystérieuse Yennefer.
Et ça commence fort avec "Les Limites du Possible". Pour tout vous confier, le simple fait de lire quinze pages de Geralt en train de manger un demi-agneau, de l'anguille et avaler des litrons de bière en conversant avec un curieux voyageur m'a convaincu du plaisir immense qu'allait m'apporter la saga. Je me suis dit que si je prenais plaisir à cela, j'étais paré pour la suite. Ce qui m'a fait acheté tous les autres tomes sur un coup de tête... Mais c'est une autre histoire.

Très franchement, j'ai adoré ce bouquin. Ayant déjà intégré les éléments du premier tome, on va ici un peu plus en profondeur et c'est souvent superbe. J'ai donc trouvé ces histoires bien supérieures et encore plus délicates que celles retrouvées dans "Le Dernier Voeu".
Comme je vous l'ai dit, "Les Limites du Possible" ouvre le bal sur une formidable aventure/quête, pleine de mystère et de rebondissement sans jamais céder à la facilité. On découvre les dilemmes de Geralt et ceci nous questionne un peu plus sur la nature-même du Sorceleur, et son implication dans un monde qui ne veut plus tellement de lui (qui a encore besoin de lui?).
"Eclat de Glace" est un petit récit superbe, qui, lui aussi, refuse toute once de facilité. On entre dans le vif de sa relation avec Yennefer, au-travers de références aux contes et métaphores filées, ce qui parfois ne simplifie pas la tâche. Mais ces procédés, assez imagées et abscons, permettent à la fois de pleinement saisir cette relation et d'en garder la saveur trouble. Et Sapkowski est tout de même très doué puisqu'à la fin des deux tomes, on mesure tout à fait la puissance du couple Geralt-Yennefer alors qu'en faisant le bilan, les occasions d'en parler sont finalement pas si nombreuses et très nébuleuses...
"L'épée de la Providence", récit un peu long, nous projettera cependant pleinement dans la suite des évènements. Je viens de finir le troisième tome, et les éléments rencontrés dans cette nouvelle, sont nombreux à avoir des conséquences. Et encore une fois, cela reste très agréable à suivre. C'est exactement la même situation avec "Quelque chose en plus", nouvelle à l'atmosphère brumeuse et ouatée, voguant entre les rêves et cauchemars de Geralt et une réalité douloureuse dont les frontières de dissolvent au fur et à mesure de la nouvelle. C'est quasiment l'incipit des romans suivant.

Mais s'il fallait vraiment souligner un élément tout bonnement excellent, ce serait la nouvelle "Une once d'abnégation". Quelques pages bien calmes, douces, glissées au coeur d'un bouquin finalement beaucoup plus émotionnel qu'il n'y parait au premier abord. On y traite de la difficulté d'être amoureux, de l'exprimer et de l'accepter. Et c'est franchement très bon, jusqu'à un final qui irait presque vous tirer une larme, tant la délicatesse vous soulève.

Alors, j'ai peu de chose à reprocher à ces bouquins. Après l'initiation du premier tome, ce recueil parait tant supérieur et riche. Comme je l'ai signalé plus haut, il manque simplement un fil conducteur, une profondeur sur l'avenir à ces récits qui, quoi qu'on y fasse, apparaissent toujours un peu décousu et comme un cheveu sur la soupe. On se doute bien que le tout apporte une cohérence à l'univers et installe des bases nécessaires (la lecture du troisième tome suffit à m'en convaincre), mais le lecteur manque parfois de fil directeur, de perspective d'intrigue. Et même si le voyage est extrêmement agréable, on se demande un peu où l'on va.

Mais bon, on ne va pas passer par quatre chemins, lisez "Le Sorceleur". C'est franchement très agréable, et toujours surprenant: ce qu'on retire de ces récits est bien éloigné de la fantasy habituelle.

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