La première fois que j’ai rencontré Joann Sfar, c’était en 2002. 2002. Onze ans d’histoire entre lui et moi, et je devrais dire que ce ne furent pas réellement onze ans d’amour fou. A l’époque déjà, il était désagréable et imbu de lui-même. A l’époque déjà, à l’époque où il ne publiait que le premier tome du Chat du rabbin, il avait passé la totalité de la séance de dédicaces à parler avec son attaché de presse sans daigner jeter un seul coup d’œil aux lecteurs qui étions présents et aurions apprécié un échange avec lui, plutôt qu’un dessin vite réalisé. J’ai souvent expliqué ma vision des séances de dédicaces en public, je ne sais pas si je l’ai déjà fait ici : la signature sur le bouquin, le petit dessin sur la BD, je m’en fous. En fait, je vais régulièrement à des séances de dédicace sans bouquin. Ce qui m’intéresse, c’est l’échange. C’est de parler éventuellement avec l’auteur, avec les autres lecteurs. Alors le mec qui ne me regarde même pas, ça m’était resté en travers de la gorge. J’avais eu l’impression d’être un porte-monnaie ambulant.

Tout au long de ces onze ans, j’ai suivi la production de Sfar, bien obligée par mes divers métiers. Plus le temps passait, plus je la suivais de loin, craignant de tomber un jour sur ses gribouillages au téléphone en édition luxe. Et puis je me suis un peu éloignée de la BD, j’étais tranquille… et le voilà qui débarque en roman. Forcément, je le lis, parce que je suis masochiste et parce qu’une amie me le prête. Oui, hein, je suis masochiste mais pas au point d’aller acheter ce titre dont j’étais quasiment certaine qu’il ne me plairait pas. Bon, une fois de plus, mon instinct a fait mouche. Sauf que ce coup-ci, au lieu de le balancer à travers la pièce comme j’en ai eu envie vers la page 15 (le roman commence à la page 12, à la 15 ça vire déjà dans le grotesque et dans le porno-à-la-mode) je l’ai continué. Je me le suis infligé, juste pour pouvoir dire que je l’avais lu en entier et donc pouvoir en parler ici (oui, je sais, mon esprit de sacrifice me perdra).

Honnêtement ? Ça n’a non seulement aucun intérêt, mais en plus c’est écrit avec les pieds et ça montre un esprit d’invention proche du niveau de la mer. Depuis le temps, Joann, tu pourrais pas changer un peu de disque ? Ton vampire, ta mandragore, ta psy, ta goule… On les a vus dans toutes tes BDs, il fallait vraiment nous les asséner de nouveau ? Tu sais, même quand on est juif, on a le droit d’écrire sur des personnages qui ne le sont pas, hein ? J’ai envie de dire, même, quand on est auteur, on a le droit d’écrire sur le monde entier, pas toujours sur son nombril. Même si je ne doute pas que le tien doit être très joli, là n’est pas la question. C’est mignon, les nombrils. J’ai appris qu’il fallait les nettoyer avec un coton-tige et de l’alcool, tiens, d’ailleurs.

Bref.

Voilà, l’Éternel, c’est la même histoire que d’habitude, avec les mêmes personnages que d’habitude et au milieu de tout ça Lovecraft qui, je l’avoue, m’a fait rire. On part dans tous les sens, on n’explique rien, on ne creuse rien, mais y’a des vampires et des rabbins. Ne perdez pas votre temps, passez votre chemin.
Ninaintherain
1
Écrit par

Le 6 mai 2013

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