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L'Éthique par Dun

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C'est l'un de mes maîtres à penser, avec sa fameuse formule : "l'homme n'est pas un empire dans un empire", autrement dit, l'homme fait partie de la nature, il en partage les mêmes lois (il n'est pas une exception extraordinaire, comme il est parfois dit dans les religions monothéistes. Au contraire, il y a un règne du déterminisme, et pour être libre l'homme doit connaître ces lois auxquelles il appartient comme tout être), et c'est pourquoi Spinoza se propose d'étudier les passions dans la troisième partie (probablement la plus importante et la plus abordable) de manière géométrique. Ce qui est particulièrement intéressant, c'est l'aspect systématique de ce livre : tout s'imbrique parfaitement. Et en même temps, il y a des "scolies", qui proposent un complément essentiel aux propositions : elles montrent que la pensée de Spinoza ne se réduit pas à une métaphysique, mais celle-ci est toujours composée avec de l'expérience, en amont (celle de Spinoza), et en aval (car cette métaphysique est simultanément une démonstration de notre puissance d'agir dans le monde). Ce sont ces deux points de vue parallèles qui permettent de comprendre l'oeuvre. [spoiler]Un petit extrait de ce que j'ai retenu de ce penseur incontournable et inclassable :
- Il y a un parallélisme entre l'esprit et le corps, autrement dit, ce qui se passe dans le corps se produit également dans l'esprit, et réciproquement. Par conséquent, toutes les idées ont une portée pratique, elles ne sont pas abstraites, mais sont toujours en même temps une expérience. Par exemple, je peux avoir une idée de ce que c'est que nager, mais si je n'essaie pas, cette idée ne vaudra rien : elle n'est effective, réelle, seulement si j'agis d'autre part.
- L'homme est essentiellement désir, dont les deux polarités dynamiques, qui orientent sa direction, sont la joie et la tristesse. La joie est un accroissement de la puissance d'agir, et la tristesse, une réduction de la puissance d'agir. Or, pour que l'homme puisse plutôt être agité par la joie, il doit expérimenter des "mélanges" avec son milieu, afin de pouvoir tirer des expériences joyeuses et des expériences tristes, et ainsi pour l'avenir poursuivre ces premières, et fuir ces dernières. Autrement dit, l'homme doit composer avec son environnement, comme des expériences chimiques, pour trouver ce qui constitue son bonheur, son équilibre constitutif.

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Si vous connaissez Nietzsche, avec sa pensée amorale, et vous l'avez apprécié, lisez alors Spinoza, qui en était un précurseur peut-être encore plus génial, peut-être moins attractif de par son langage ardu, mais certainement plus cohérent. Beaucoup de thèmes y sont traités : Dieu, l'esprit, le corps, les passions, le désir, etc.

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