Fatigué d'expliquer

Avis sur L'Étranger

Avatar Tasmant
Critique publiée par le

Je me lance dans une quête de lecture des classiques français (et dans une quête de lecture tout court finalement) en commençant par ce livre renommé, réputé, encensé.
Alors, à juste titre ?

La première partie nous dépeint la vie d'un homme, Mersault, à peu près ordinaire, juste peu parlant, dans l'Algérie des années 40. On assiste d'abord à l’enterrement de sa mère, sans grandes émotions de sa part, puis on découvre son aventure avec Marie, son amitié avec le barman local et la cordialité qu'il adopte avec ses voisins (l'histoire de Salamano et de son chien malade est assez touchante).
Puis une mauvaise fréquentation vient tout bouleverser, le plonge dans une sale affaire, une rixe qui va coûter une vie un peu au hasard.

La seconde partie conte alors son séjour en prison et ses passages au tribunal. Lors de son jugement pour le meurtre d'un homme qu'il n'avait pas vraiment de raison de tuer, Meursault ne joue pas le jeu de l'accusé. Son silence, sa froideur, sa prétendue insensibilité (notamment envers le décès de sa mère) deviennent vite les principaux griefs qui vont lui être reprochés.

Meursault, le protagoniste, est un homme simple, introverti, las des mœurs, fatigué des exigences stupides et truquées de ce bas-monde.
C'est un homme pétri d'honnêteté, avant tout avec lui-même. Quelqu'un qui se défait de tout masque, de tout jeu superflu, et c'est d'ailleurs ce qui va lui causer le plus de tort.

C'est l'histoire d'un personnage désabusé, sans foi ni fanatisme, qui ne croît ni aux idoles, ni aux prétendue valeurs promues par les gens du tribunal et par l'aumônier de la prison.
L'histoire d'un homme introverti, qui se délivre seul, en introspection, et se fraye finalement un chemin personnel vers la liberté.

Le livre est court, c'est une lecture commode, où Albert Camus fait réfléchir sur la condition de l'homme, la justice, la mortalité, le destin, la liberté. Sur la cruauté de ce bas-monde en général.

Le crime du "héros" est bien réel, pourtant le portrait qui est dépeint de l'homme est si humain, si subtilement dessiné, son raisonnement philosophique semble tellement logique, qu'on en vient à souhaiter qu'il échappe à la sentence.

Je ne regrette pas d'avoir enfin rattrapé mon retard : J'ai bien aimé ce livre, à la hauteur de sa réputation selon moi, et qui vaut la peine d'être parcouru rien que pour le chapitre final, un cri de rage et de vérité très percutant.

"Que m'importaient la mort des autres, l'amour d'une mère, que m'importaient son Dieu, les vies qu'on choisit, les destins qu'on élit, puisqu'un seul destin devait m'élire moi-même et avec moi des milliards de privilégiés qui, comme lui, se disaient mes frères. Comprenait-il, comprenait-il donc ? Tout le monde était privilégié. Il n'y avait que des privilégiés.
Lui aussi, on le condamnerait. Qu'importait si, accusé de meurtre, il était exécuté pour n'avoir pas pleuré à l'enterrement de sa mère ? Le chien de Salamano valait autant que sa femme. La petite femme automatique était aussi coupable que la Parisienne que Masson avait épousée ou que Marie qui avait envie que je l'épouse. Qu'importait que Raymond fût mon copain autant que Céleste qui valait mieux que lui ? Qu'importait que Marie donnât aujourd'hui sa bouche à un nouveau Meursault ?"

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 55 fois
Aucun vote pour le moment

Autres actions de Tasmant L'Étranger