Si loin, si prés

Avis sur L'Homme qui prenait sa femme pour un chapeau

Avatar coupigny
Critique publiée par le

Ah, Natascha ! A 88 ans, elle est devenue folâtre. Un tel tournant, à cet âge de la vie, ce n'est pas très raisonnable. Et pourtant possiblement bien sympathique si Natascha n'était pas atteinte d'une affection neurologique, comme tous les êtres rassemblés dans "L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau" du neurologue Oliver Sachs, un document best-seller des années 80 extrêmement recommandable.

Natascha y côtoie, entre autres, des amnésiques, des déficients mentaux calculateurs prodiges, des intelligences normales ou supérieures qui ne reconnaissent plus les mots, des hommes et des femmes qui, à longueur de journées, entendent, comme sorties du transistor, des chansons de leur enfance, ou donc comme ce professeur de musique qui prenait sa femme pour un chapeau et son fils pour une chaussure.

Ce dernier cas offre au livre son titre, étrange et comique à la fois, et qui donne ainsi le "la". Car c'est vrai qu'on peut avoir envie de rire des malheureux patients du docteur Sachs. Par exemple de ce pauvre gars qui tombait de son lit à force de vouloir chasser la jambe qui s'y trouvait et qui était pourtant la sienne.

Rire de défense évidemment car nous sentons bien que le monde mystérieux et inquiétant ici décrit est à deux pas du nôtre. Qui d'entre nous n'a jamais eu, ne serait-ce que passagèrement, un trou de mémoire, une sensation de "déjà vu", une absence ? La vingtaine de malades présentés dans ce livre ne sont pas des monstres mais nos semblables.

Le cerveau est une partie du corps, la seule peut-être, dont personne ne connait encore vraiment le fonctionnement. Or il est l'ordinateur central de nos sens, donc de notre relation au monde... et de notre mémoire, donc de notre identité. Un mot revient souvent sous la plume du neurologue Sachs: l'âme. Ses patients, il les voit un peu comme des témoins douloureux de l'existence d'un espace infini.

Très loin en nous, au bout de labyrinthes encore obscurs, se trouvent sûrement de bien fascinantes portes.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 472 fois
11 apprécient

Autres actions de coupigny L'Homme qui prenait sa femme pour un chapeau