L'idiot, c'est moi

Avis sur L'Idiot

Avatar Mik Kiway
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L'idiot, autant trancher dans le vif, n'est qu'une pièce de théâtre logorrhéique indécemment travestie en roman d'époque.
Et quitte à froisser les khâgneux pré-formatés à qualifier de "chef-d'oeuvre" cette grosse verrue littéraire, on est bien ici en présence d'un incomparable chef d'oeuvre ... d'ennui absolu.
D'une longueur Interminable.
Et d'un rythme abominablement chiant. Ca n'avance pas.

En résumé, le père Dosto a pondu sept-cent pages de masturbation intellectuelle sur potins et commérages d'une floppée de personnages aux caractères bien affirmés, autour d'un jeune prince à la fois candide et d'une grande intelligence. En effet, le prince Mychkine, au coeur pur dépourvu de tout mauvais sentiment, détonne dans une société indigestement mielleuse sur ses conventions sociales. L'homme s'en revient d'un institut suisse où il était soigné pour "idiotie", et ce trouble supposé, dont personne ne croit qu'il est vraiment guéri, sera son estampille, vécue avec des fortunes diverses tout au long de sa petite ascension sociale dans la bonne société russe, fascinée par l'incorruptible gentillesse du garçon.

Et c'est tout.
Tout ça pour ça. De fait, seul le style plutôt fluide de l'auteur, féru de tirades et monologues à rallonge, ralentit l'inévitable naufrage d'un roman-titanic d'une densité inhumaine.
Mais si la dose fait le poison, le père Dosto semble immunisé contre ses abondantes sporulations littéraires, empilant sans complexe son récit-choral en surcouches toujours plus lourdingues destinées, j'en suis sûr, à épuiser son lecteur.

Alors, j'admets qu'avant la télévision, ce genre de feuilleton sans fin (puisque sans fil rouge !) avait de quoi faire bavasser un lectorat cancaneur.
Mais désormais, notre culture surchargée d'histoires plus finaudes et moins tortillées du fondement, a fait atrocement mal vieillir ce roman-fleuve.
Certains s'émerveilleront de la précision pathologique des rapports humains entre l'idiot, les Epantchine, Gania le vénal, cet insupportable pleurnichard d'Hyppolite, l'inquiétant Rogojine, Nastassia la diva cyclothimique, et tous les autres seconds rôles, puisque d'ailleurs, cette brique littéraire se résume à ça : une étude poussée des caractères, sans histoire réelle. En filigrane, on devine toute l'admiration Dostoïevski pour Balzac, et son désir de reproduire à l'extrême une étude clinique d'un certain milieu social, à un degré qui occulte presque toute autre forme descriptive de l'époque.

Mais je gage mes noyaux de cerise que seul un éditeur suicidaire (ou anachronique) oserait publier aujourd'hui un tel monstre de fioritures s'il émanait d'un jeune auteur inconnu. Car à trop en faire, à tricoter une pseudo-intrigue sur le pouce qui ne tire que des bâillements à son lecteur, une seule conclusion s'impose : le véritable idiot, c'est bien celui qui lit ce bousin jusqu'au bout.
En six mois, et sur les rotules.
L'idiot, c'est moi.

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