Nous ne sommes que fantaisies

Avis sur L'Idiot

Avatar Émile Frève
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« L’âme d’autrui est un mystère. » Un mystère que Dostoïevski s’appliquera, tout au long de ce roman (et de son œuvre complète), à déchiffrer. Les apparences sont une carapace qu’on se doit de percer. Une fois cela fait, il nous est enfin possible de retrouver foi en l’humanité. Étude de l’être humain et des relations interpersonnelles, L’Idiot, par l’extravagance de ses personnages, crée une forme d’hyperréalisme où les sentiments sont bruts et spontanés (les tentatives d’embellir la réalité sont inexistantes).

À la fois cruels et sympathiques, les personnages portent en eux le terrible fardeau de l’être humain : la dualité. « Elle tomba dans une singulière contradiction avec elle-même. » Voilà ce qu’est L’Idiot. Un roman de contradictions humaines, car sommes-nous autre chose que contradictions? À la folie enivrante, les personnages sont des torrents d’émotions emportant le lecteur dans une valse incessante. Les malades deviennent sains d’esprit et vice-versa : la danse est névrosée, spasmodique. À mesure que les minutes passent, les émotions changent, les amitiés se créent et se rompent, et l’ivresse générale atteint son apex.

Analyse sociétale, L’Idiot dénonce les codes stricts de la société russe qui contribuent à une déshumanisation de masse. Quiconque tentant d’y adhérer risque de ne pas en sortir indemne. Habituée à ridiculiser l’anormalité, ladite société corrompt jusqu’à l’âme la plus pure, et ce, simplement par peur de l’étranger (et de l’étrangeté). Le laisser-aller devient alors illégal. Seuls épargnés, les enfants (et le prince) vivent une vie des plus nobles où la franchise est signe de pureté.

La vie est belle, la vie est laide : tel est le constat que dresse L’Idiot. L’amour céleste, la beauté indicible et le bonheur suprême ne cesseront jamais de côtoyer l’horripilante mort, la triste vieillesse et le dégoût le plus abject : voilà ce qui justifie la valeur inestimable d’une vie. Sans contrastes, l’humain s’effondre. L’humain vit de contradictions. L’humain est contradiction.

Une fois tout cela compris, il ne nous reste plus qu’à joindre notre voix à celle de Lisavéta Prokofievna dans l’ultime phrase du livre et à clamer : « Nous ne sommes que fantaisies! »

Une bien belle fantaisie.

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