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Avis sur L'Île

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Omaata avança encore de deux ou trois pas, un rayon de soleil, perçant le ciel noir, l'éclaira, et les matelots promenèrent à loisir les yeux sur les pentes de son corps. Purcell plissa les yeux.

Les matelots avaient l'air de matous contemplant avec une admiration mêlée d'effroi les vastes formes d'une tigresse.

Il parlait en détachant les mots avec une telle force qu'il avait l'air de les jeter un à un au visage de l’Écossais.

Il y eut un déclic quelque part. Il cessa de penser. Il avait la tête levée et les yeux fixés sur les rayons obliques qui traversaient les palmes des cocotiers. Ça au moins, tant qu'il serait en vie, on ne pourrait pas le lui enlever. C'était magnifique. La lumière était tendre, avec des rideaux de vapeur qui se levaient l'un après l'autre. L'air sentait l'herbe mouillée et les feux de bois s'allumaient un peu partout pour le petit déjeuner. De l'autre côté de West Avenue, dans le sous-bois, les fleurs éclataient en couleurs presque agressives, mais elles ne donnaient pas leurs parfums toutes en même temps. Les frangipaniers s'ouvraient à la première tiédeur, et à ce moment de la journée, leur odeur riche et sucrée dominait tout.

Il y eut un silence, puis elle ondula de nouveau et elle reprit d'une voix basse et douce, ses yeux bruns luisant dans l'ombre :
« Joue avec moi, Adamo. »
Il la regarda. Ce mot jouer, quelle trouvaille ! Ce mot seul, c'était tout un peuple, toute une civilisation ! Quel air innocent il avait ! On faisait une partie de cache-cache avec Itia sous les fougères géantes, et quand on l'avait attrapée, on jouait. Adamo et Itia, nus et enfantins sur la mousse comme deux bébés sur un tapis... Jouer ! Jouer ! La vie entière n'était qu'un jeu. Le matin, quand il faisait frais, on jouait à pêcher des poissons. L'après-midi, on jouait à monter dans les cocotiers pour cueillir les noix. Le soir, quand la fraîcheur revenait, on jouait à chasser le cochon sauvage. Mais vers le milieu du jour, et en plein ventre du soleil, on gagnait l'ombre, et on jouait... Le verbe n'avait plus besoin de complément. C'était le jeu. Le jeu par excellence. Le plus innocent des jeux.

Elle était penchée en avant, et ses bras en cercle autour de ses genoux, son corps roulé en boule, elle avait l'air d'un fruit sur un tapis de feuilles : rond, pulpeux, odorant.

Il avait presque trop chaud et il rejeta la couverture sur ses reins. Aussitôt l'odeur du Blossom se retira et l'odeur tiède d'Omaata l'envahit. Il reconnut, une par une, celle des fleurs qu'elle portait dans ses cheveux. Une seule lui échappait, la plus pénétrante, la plus familière. Il aurait dû la reconnaître entre mille et il ne pouvait la nommer. C'était un parfum sournois, poivré, musqué, ambré, ambigu aussi. Le parfum d'un végétal qui se ferait chair. Au premier abord, on ne savait pas s'il était, ou non, agréable. Mais dans le temps qu'on s'interrogeait sur lui, il s'insinuait en vous comme une drogue. Il n'exsudait pas, il faisait partie d'Omaata, de son cou, de son épaule, du sein sur lequel il reposait sa joue. Il était intime, confiné. Mais en même temps, il évoquait l'eau claire, les grands arbres aux branches pendantes, le sable du lagon, le ventre du soleil. Si le bonheur de vivre avait une senteur, c'était celle-là.

Ayant dit, elle rit, et son rire voleta dans la pièce comme un oiseau.

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