Proctor ou les limbes du périphérique

Avis sur L'Île de béton

Avatar Johnutella
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Situé juste après Crash!(http://www.senscritique.com/livre/Crash/critique/40062600) dans la trilogie de béton, l'île de béton est moins barré que ce dernier, un peu plus mystique par ailleurs, à mi chemin entre une transcription "moderne" de Vendredi ou les limbes du pacifique et une allégorie du monde moderne.
On reprend d'ailleurs comme point de départ la voiture, centre du premier récit Crash!. Ici, le héros fait une embardée sur l'autoroute et échoue en contrebas d'une île de verdure. Blessé il tente d'avertir les automobilistes, de se signaler, mais qui s’arrêteraient sur l'autoroute pour aider un pauvre hère hirsute et sale ? Pour attirer l'attention il ira même jusqu'à faire sauter sa voiture qui n'attirera malheureusement personne encore une fois.

Face à cet échec cuisant, il décide, lui roi enfiévré et malade - sorte de Robinson urbain, de partir cartographier son petit royaume. Il découvre ainsi qu'il n'est pas seul et que d'autres rescapées de la société ont pris refuge dans ce terrain vague. Et c'est là la force de ce livre délivrant tout son potentiel dans ces toutes dernières pages.

Jusque là les thèmes développés étaient simples: la solitude, la folie, la survie, du déjà vu.

Mais justement, la réunion de ces trois êtres aux destins atypiques permet de créer un cadre burlesque et cruelle, où se débat une humanité ridicule, cherchant juste à survivre dans l'indifférence générale de milliers d'automobilistes, allégorie sadique de la condition humaine moderne.
L'île de béton symbolise ainsi à elle seul l'atomisation subit par l'individu dans nos sociétés modernes, la cruauté et l'aliénation du monde moderne sont mis en exergue, galvaudés jusqu'à l'absurde . Si Ballard a su saisir le coté kafkaïen de notre rapport à la cruauté et à la fascination morbide qu'il en découle dans Crash!, il ajoute au grief de l'humanité moderne l'indifférence et le mépris. Formant ainsi au travers de ses deux œuvres un véritable réquisitoire acide contre l'humanité et ses travers, appuyant juste là où ça fait mal.
Reste à savoir désormais comment le dernier épisode de sa trilogie de béton clôture ce réquisitoire et s'il va parvenir à conserver ce style et ce ton si juste sans tomber dans le pathos, la redite ou le coté moralisateur..

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