Cinq sauvages en ballon

Avis sur L'Île mystérieuse

Avatar Lo_Della
Critique publiée par le

Un de mes livres préféré…quand j’étais en cinquième, j’avais alors douze ans. Je lisais beaucoup Jules Verne qui représentait un grand-père idéal racontant à merveille les plus fantastiques histoires. J’adorais Jules Verne et ce fut ses romans qui me transmirent le goût de la lecture. Comment ne pas succomber à « Vingt mille lieues sous les mers », « Michel Strogoff », « Voyage au centre de la Terre » ou « 5 semaines en ballon » !
Le livre est un outil de téléportation très puissant, il propulse le lecteur au sein même de l’histoire imaginée par l’auteur. Et quand l’auteur s’appelle Jules Verne, le voyage se déroule en première classe !
Période guerre de sécession, un camp de prisonniers gardé par les sudistes Une nuit, dans la tempête, cinq prisonniers s’échappent en ballon et, après un périple de plusieurs jours, amerrissent en plein océan Pacifique, à proximité d’une île déserte. Stop. Il ne m’en faut pas plus pour être captivé. Déjà ce voyage en ballon ! Et puis cette île ! Et par la suite ces personnages auxquels on s’attache si facilement : Cyrus Smith, Pencroff, Harbert, Nab, Gedeon Spilett, Top le chien et Jup le singe !
Un truc aussi à souligner au feutre épais : des illustrations particulièrement réussies, savamment dosées tout au long du roman, qui permettent de mettre en image les personnages et les différents événements. Importantes ces illustrations car elles participent pour une part non négligeable au succès de l’œuvre. Certaines, fascinantes, se laissaient regarder plusieurs minutes.
(Les 154 illustrations)
J’avais douze ans. J’admirais Cyrus Smith, ingénieur, homme à la science inépuisable qui pouvait modeler la nature à sa convenance et offrir à ses infortunés compagnons tout le confort nécessaire. Il pouvait d’ailleurs compter sur eux car tous avaient de remarquables qualités complémentaires et, ensemble, ils constituaient un groupe soudé redoutablement efficace en matière de survie. Ils ont fabriqué une briqueterie, un four à poterie, des ustensiles de cuisine, de l’acier, un ascenseur, un moulin à vent, un télégraphe, du verre, un bateau, de la nitroglycérine et tout un tas de choses encore. Jules Verne (membre puis directeur de l’Académie des sciences, des belles lettres et des arts d’Amiens) s’attache à décrire les diverses fabrications d’une façon rigoureusement scientifique ; tout peut être vérifié et je l’ai fait plus d’une fois (je me souviens à la lecture de « Vingt mille lieues sous les mer » avoir suivi le trajet du sous-marin sur un atlas). Ludique et instructif mais également haletant car un mystère plane sur cette île, de petits indices disséminés çà et là présagent d’une énigme à résoudre. Jules Verne maitrise parfaitement la résolution de cette énigme et la révélation du secret, achevant magistralement son roman en le liant avec harmonie à d’autres de ses livres.

J’ai relu le bouquin récemment. Ambiance sonore Je n’ai plus douze ans. J’en ai trente-huit de plus. Le syndrome du bon souvenir qu’il est préférable de laisser en l’état sous peine de déception à tenter de le raviver aurait-il encore frappé ? Oui et non, ce n’est pas tranché. Quoi que…je suis quand même bien tombé des nues !
Dès le début, des personnages stéréotypés à l’excès, tous masculins. Alors de ce côté-là vous avez les gentils et de ce côté-ci les méchants. Ils ont encore l’étiquette de leur rôle collée au maillot. Cyrus Smith, le super intelligent, ferait presque passer Tesla pour un attardé mental ; il sait tout faire mais à un tel point que la survie du groupe devient monotone, sans suspens, on ne s’inquiète jamais pour eux. Un peu dommage pour une histoire de survie en milieu hostile.
Nab le nègre (formulé ainsi dans le livre), ancien esclave affranchi par son maître Cyrus Smith mais qui lui reste fidèle et dévoué en devenant son domestique le plus idéal. Il donnerait son cœur, ses poumons, ses jambes et ses bras pour son maître. Il lui donnerait même son pénis si Cyrus venait à perdre le sien et, tant qu’à être dans le pur cliché, ce dernier n’y perdrait pas au change. Pas de méchanceté de la part de Jules Verne : il pensait qu’une personne à la peau noire était inférieure à une personne à la peau blanche. Il énonçait un fait scientifique et la majorité de l’élite américano-européenne abondait dans ce sens à cette époque. Donc, des circonstances atténuantes au regard du contexte historique, mais il faut s’accrocher pour lire ça :
« -Ainsi, dit Nab, c’est sérieux, mon maître ? Nous allons le prendre (Jup le singe) comme domestique ? -Oui, Nab, répondit en souriant l’ingénieur. Mais ne sois pas jaloux ! »
Et plus loin :
« Ce fut à cette époque que le très intelligent Jup fut élevé aux fonctions de valet de chambre. Il avait été vêtu d’une jaquette, d’une culotte courte en toile blanche et d’un tablier dont les poches faisaient son bonheur, car il y fourrait ses mains et ne souffrait pas qu’on vînt y fouiller. L’adroit orang avait été merveilleusement stylé par Nab, et on eût dit que le Nègre et le singe se comprenaient quand ils causaient ensemble. Jup avait, d’ailleurs, pour Nab une sympathie réelle, et Nab la lui rendait. »
Aucun respect pour Nab que, finalement, on met au même niveau que le singe (bien que ça ne me dérange que dans le contexte car je reste persuadé que l'humain est le maillon le plus faible de cette planète)
Aucun respect pour ce pauvre singe travesti en valet de chambre. N’auraient-ils pu le laisser tranquille et se montrer suffisamment intelligents pour le libérer afin qu’il rejoigne son milieu naturel ?
Aucun respect pour les animaux qu’ils tuent sans le moindre remerciement envers la nature, pour les arbres qu’ils abattent sans le moindre remord, pour l’île dont ils font exploser un cour d’eau à la nitroglycérine juste pour abaisser le niveau d’un lac. Ils s’approprient l’île tels des rapaces de la pire espèce et se répandent comme un virus particulièrement agressif. Et dire qu’au début les naufragés redoutaient la présence de sauvages ! On appelle cela un comble.
Aucun respect pour rien…
On peut constater amèrement aujourd’hui les conséquences désastreuses et mortelles de cette religion de l’industrie, de la technologie et de la science prônée, entre autres, par Jules Verne. Comprendrons-nous un jour que l’intelligence naturelle est infiniment supérieure à l’intelligence humaine ?
Rien n’est moins sûr…
Et puis, pour finir, la résolution du mystère laisse franchement à désirer par manque cruel de cohérence et de crédibilité. Les liens avec d'autres œuvres (je ne les citerai pas) qui m'avaient enthousiasmé à la première lecture me paraissent aujourd'hui mal élaborés et l'on reste sur une impression de bâclage. Mes sentiments pour "L'Île mystérieuse" ont évolué, je n'ai plus douze ans.
Cependant ça reste un bon livre du point de vue de la structure et du langage.
Sera-ce suffisant pour les futurs lecteurs ?
Rien n'est plus sûr...

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