Nicolas, Thierry et le reste du monde.

Avis sur L'Usage du monde

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« Ce jour-là, j'ai bien cru tenir quelque chose et que ma vie s'en trouverait changée. Mais rien de cette nature n'est définitivement acquis. Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs.

Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centrale de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement, est peut-être notre moteur le plus sûr. »

Je referme L'usage du monde de Nicolas Bouvier, avec dans la tête un ciel noir troué d'étoiles, couché sur des montagnes gigantesques que lacèrent des routes défoncées. Rien à voir avec le paysage évoqué en fin de récit mais on s'en fiche. Ce qu'il faut retenir, c'est que suivre le genevois de 24 ans dans son périple donne la furieuse envie de déplier une carte, et d'y tracer de nouveaux chemins, d'user pour de bon de ce monde en y frottant le caoutchouc de nos semelles ou de nos roues.
Accompagné de son ami Thierry Vernet, Nicolas Bouvier parcourt les Balkans, l'Anatolie, l'Iran et l'Afghanistan pendant un an et demi, à bord d'une décapotable qui se plaît à tomber en panne dans le désert bouillant d'Iran. Tandis que le premier dessine, le second compile leurs aventures dans une écriture concise et rythmée. Il nous emporte dans ses bagages, entre les toiles et l'accordéon de Thierry, nous dresse des portraits de gens rencontrés et de paysages traversés en nous soufflant quelques vers du poète Hafiz. On renifle l'odeur d'un melon, on chante avec des Tziganes, on se gorge de thé dans les tchâikhanes, on fulmine contre l'hiver qui nous coince six mois à Tabriz, on s'épuise à pousser la voiture sous une chaleur infernale, on campe même dans une prison. Vous étiez venu pour le Club Med ? Pas de chance c'était la porte d'à côté. Ici on discute voyage, du vrai, de celui qui vous fait ou défait comme le dit si bien l'auteur. Il sait poser les mots justes sur les sentiments qui nous submergent en de pareilles expériences.

Lisez donc L'usage du monde, faites attention cependant, il pourrait bien changer votre vie et vous pousser à plier bagages. Mais comme mieux vaut poussière aux pieds que poussière au derrière, c'est là un moindre mal.

A lire : dans une décapotable ouverte sur un ciel étoilé, une bière ou autre à la main ( l'abus d'alcool étant dangereux pour la santé, faites gaffe et ne conduisez pas après, hein!)

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