L'ïle Fortunée de Thomas More

Avis sur L'Utopie

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La conversation a lieu dans un jardin, entre amis.

Raphaël, un portugais ayant navigué avec Amerigo Vespucci, raconte ce qu'il a vu en terre étrangère, selon la tradition des relations de voyage, ces textes propres aux siècles d'exploration, ces journaux, ces cartographies, ces reliques d'une époque où les hommes partaient en quête de la terra incognita, des Iles Fortunées, du Nouveau Monde. Il ne raconte pas quelque chose d'extraordinaire, dans le sens où le voyage ne se veut pas imaginaire. Au contraire, il nous parle d'institutions, de civilisations et l'homme les compare, ces mœurs venues d'ailleurs, avec celles de la Vieille Europe. Son discours séduit ses auditeurs qui lui recommandent de faire profiter les rois de sa philosophie. En effet, Raphaël propose diverses réformes importées d'ailleurs, qui seraient utiles à la société, utiles et agréables. Raphaël rétorque que les rois n'écoutent pas les philosophes ; principalement parce que l'amour-propre règne chez les princes.

L'éloge de l'amitié, de l'entente parfaite entre les hommes, les amène néanmoins, dans l'intimité du jardin, à considérer l'image d'une société idéale.

Raphaël s'attache à la description de l'île d'Utopie. Une île non située sur la carte, un non-lieu. Une île tranquille, préservée par la disposition de la nature, des attaques de l'extérieur. Il nous présente l'agencement des villes, leurs rapports entre elles, comment tout s'ordonne, comment tout s'équilibre, à la perfection. Tout est planifié, tout est agencé, à l'avance, par les institutions. L'agriculture est la mère nourricière de l'Utopie, aussi est-elle respectée, et chaque citoyen y contribue. Toutes les habitations ont d'ailleurs un jardin, et c'est l'occupation préférée des habitants après le dîner. L'artisanat ne produit que l'utile. Tout superflu est méprisé. Aussi n'y a-t-il rien pour démarquer les habitants des autres (sauf de rares exceptions considérées comme nécessaires) ; la pourpre, les soieries, les pierreries n'ont pas lieu d'être, sauf pour les petits enfants, et le plus amusant, c'est que l'or est attribué aux esclaves, parce qu'on façonne leurs chaînes avec. Il me semble en effet que l'or et l'argent nous enchaînent.

L'Utopie est une terre d'abondance, comme les Iles Fortunées. Ils remplissent leurs greniers et donnent généreusement le superflu à leurs voisins. Ils se satisfont de peu, le mode de vie étant minimaliste. Ils vivent sans argent, du moins dans leurs terres. L'argent ne sert qu'aux transactions avec l'extérieur. Personnellement, je regrette que l'Utopie ne fonctionne que retranchée sur elle-même dans le sens où elle fait nécessairement des concessions dès qu'il s'agit de ses rapports avec l'étranger. Sinon, il y a de belles idées, que j'aimerais voir réalisées en réalité. Enfin, "je le souhaite plus que je ne l'espère".

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