L'enfer

Avis sur L'enfer

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On comprend mieux l'amour qu'a pu porter Louis-Ferdinand Céline a cet auteur après avoir lu L'Enfer. Je soupçonne d'ailleurs Céline de s'être inspiré de la sensibilité qu’exprime ici Barbusse. Le désir de faire triompher la vérité au détriment du mystère (de la vie et de l'Homme) qui tient un rôle capital dans ce roman. L'auteur tente, avec sa prose poétique, de donner des réponses aux questions existentielles qui tourmentent le personnage (qui n'est qu'une transposition de la personnalité de l'auteur) :

On ne meurt pas puisqu'on est seul ; ce sont les autres qui meurent. Et cette phrase qui se répand en tremblant à mes lèvres, à la fois sinistre et radieuse, annonce que la mort est un faux dieu.

Des envolées lyriques exceptionnelles se mêlent à des réflexions philosophiques. L'auteur va même jusqu'à ébaucher son idéal de l’œuvre littéraire :

On n'a jamais mis dans une grande œuvre - les œuvres secondaires n'existent pas - la vérité même, restée jusqu'ici, par l'ignorance ou la timidité des grands écrivains, objet de spéculation ou objet de prière. Elle demeure enclose et brouillée dans des traités d'aspect scientifique ou dans de piteux livres saints qui ne s'ajustent qu'au devoir moral, et qui ne seraient pas compris si leur dogme ne s'imposait à quelques-uns pour des des raisons surnaturelles. Au théâtre, les littérateurs s'ingénient à trouver des formules de distraction ; dans le le livre, ce sont des manières de caricaturistes. "On n'a jamais mêlé le drame des êtres au drame de tout. Quand donc la vérité profonde et la haute beauté s'uniront-elles enfin ! Il faut qu'elles s'unissent, elles qui, déjà, chacune, unissent les hommes ; car c'est à cause du saisissement d’admiration que passent de purs moments où il n'y a plus de limite ni de patrie, et c'est à cause de la vérité une que les aveugles voient, que les pauvres sont frères, et que tous les hommes auront un jour raison. Le livre de poésie et de vérité est la plus grandiose découverte qui reste à faire."

Je n'omets cependant pas de dire que j'ai trouvé quelques longueurs voire lourdeurs, notamment pendant les descriptions. Ces balourdises, qui auraient pu être évitées avec plus de travail, amoindrissent le potentiel de ce livre qui aurait aisément pu s’inscrire comme l'un des chef-d’œuvres de notre littérature. À savoir que cette perfectibilité peut s'expliquer en tenant compte du fait que ce livre a été écrit dans des conditions particulières, très tard la nuit, après des journées exténuantes dues au travail de journaliste et au statut fraîchement acquis par l'auteur.

Certains diront que ce livre est au confluent du naturalisme et du décadentisme, je maintiens fermement qu'il est symboliste.

Voilà pourquoi j'ai mis 7 et surtout pourquoi j'aurais voulu mettre plus.

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