Hop hop hop, sous la commode

Avis sur L'histoire secrète du monde

Avatar Ji_Hem_
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Quand on s'intéresse un peu à l'ésotérisme, aux sociétés secrètes ou aux théories du complot, c'est surtout pour voir notre monde autrement, pour un peu rêver et se dire que le monde est finalement moins chiant qu'il ne l'est, sans nécessairement y croire mais simplement faire un peu travailler son imagination. Mais comme je suis un chieur, je cherche quand même des théories un minimum crédible, vraiment juste un minimum, juste assez pour qu'il y ait mon enfant intérieur qui me dise << Ah, ça serait rigolo si c'était vrai ! >>, bref, comme une fiction, quoi. Après avoir jeté un œil aux critiques, je constate que la plupart en parlent en bien, sur Amazon, à la Fnac, sur des blogs des tréfonds du Web que me ressort Google, les avis sur ce livre semblent somme toute positifs. Et puis, le titre est aguicheur mais encore moins que la 4e de couverture qui nous promet de nous révéler les lois mystérieuses qui sous-tendent l'histoire cachées par les sociétés secrètes, rien que ça !

Il va sans dire que c'est très loin d'être un minimum convaincant. Ce livre, c'est un peu comme aller à une soirée où on ne connaît personne; on arrive, un type vient nous parler et au début on se dit que ce gars à l'air cool et sympa. Puis on se rend compte que où qu'on aille, au bar, parler à d'autres gens, aux toilettes, comme une ombre, ce même type ne nous lâche pas. On se rend alors compte que ce gars c'est le mec lourd et chiant de la soirée. Là c'est pareil.

Alors, comment que ça fonctionne-t-il ?
La thèse principale est la suivante : Sans trop entrer dans les détails techniques, le ''but'' est d'envisager le monde et l'histoire d'un point de vue idéaliste où notre monde intérieur (nos pensés, nos idées) est aussi réel que le monde matériel. L'esprit crée la matière, non l'inverse. Et il faut bien l'admettre, les premiers chapitres du livres sont prometteurs. L'auteur ne prend pas trop position et nous invite à faire cette exercice de pensée de façon assez agréable, en répétant à plusieurs reprises de se laisser aller et de laisser faire son imagination et on se laisse tenter par l'expérience proposée. De plus, on se rend bien vite compte que l'auteur possède une bonne culture autant d'un point de vue historique, artistique, littéraire et philosophique (la bibliographie à la fin est assez conséquente) en privilégiant, certes, une grille de lecture à une autre, mais une grille de lecture originale. Même qu'on découvre des auteurs peu connus ou des facettes un peu occultés d'auteurs plus renommés. Ce qui rend les premiers chapitres assez plaisants à lire.

Le propos principal du livre, je l'ai dit, c'est de nous montrer ce qu'il se passe ''vraiment'' dans les cercles secrets, en outre, cette vision idéaliste du monde. Cette vision idéaliste implique une thèse ésotérique. En effet, si notre imaginaire est aussi vrai que l'est la matière, cela implique l'existence de choses que ''l'esprit rationnel'' désapprouve, des esprits, des forces naturelles cachées, etc.

Quant à la forme du bouquin (c'est un rectangle), chaque chapitre présente une période de l'histoire mais racontée avec la grille de lecture ésotérique, d'une autre manière que ne le raconte l'histoire ''officielle''. Le tout en essayant de rester neutre mais c'est clairement grillé qu'il a sa préférence. Comme un arbitre italien arbitrant un match Italie-Allemagne.

Et un des gros problème de cette histoire secrète du monde, c'est la forme. Arrive un moment où on a cette fâcheuse impression qu'on a déjà lu ce qu'on vient de lire, qu'on avance pas et qu'on tourne en rond. L'auteur passe en revue toutes les grandes civilisations (l'Egypte antique, les Perses, les Grecs, les Hindous, Rome, les Chrétiens, les précolombiens, les Etats-Unis) pour nous balancer les mêmes choses à chaque fois. Les grands penseurs/politiciens/influenceurs de leur temps étaient initiés au secret ésotérique ! Ça alors ! Et tout le principe du livre repose là dessus; faire l'inventaire des civilisations, de leur mythes, de leur Grands Hommes, montrer en quoi ils étaient initiés aux secrets ésotériques. Le tout saupoudré d'une chronologie aléatoire et d'une flopée de noms liés par on ne sait quel lien. Dans une phrase, on part de la Grèce antique avec Socrate pour passer à Moïse en faisant un saut vers Rudolf Steiner à la fin du XIX, puis en mentionnant Charlemagne, sans oublier Newton, l'Apocalypse, Rabelais pour revenir sur Socrate tout en mentionnant Vénus, le Soleil et ton père avec une illustration d'une peinture Hindou sur la même page. Bref, la forme, c'est le zoo. Le découpage des chapitres pourrait faire croire à un semblant de chronologie mais à l'intérieur ça part dans tous les sens.

Alors disons que l'habit ne fait pas le moine, qu'il ne faut pas juger quelqu'un sur son physique, que ce qui compte c'est la beauté intérieure toussa toussa. Le problème c'est que le fond est aussi cohérent que la forme. On va y aller point par point.

Le secret ésotérique caché par ces coquines de sociétés secrètes : D'une part, ce secret n'est jamais vraiment décrit concrètement (ce que c'est, d'où ça vient, à quoi ça sert, pourquoi, comment ça marche), cela reste très flou. D'autre part, il y a beaucoup trop d'éléments ! En vrac : il est question de cosmologie, de chakras, de Dieux, de 3ème œil qu'on a perdu, de glande pinéale, de frère jumeau de Jésus, de Vénus, du dieu Soleil et de la déesse Lune, la Grande Pyramide qui est une machine à réincarner, de vie minérale, végétale, d'esprits qui ne peuvent plus communiquer avec nous, et j'en passe... Quand je lis un livre, aussi complexe soit-il, je ne devrais pas être obliger d'utiliser un flipchart pour le comprendre. L'exploit étant quand même de trouver le moyen d'être ennuyeux avec Jésus et une Pyramide qui ressuscite les cadavres.

À partir du 5ème chapitre, je n'avais plus aucune idée de ce qu'il se passait; qui, comment, où, pourquoi. Et des chapitres il y en a 28 (je les ai pas tous lu, faut pas déconner non plus). Une des idées du livre était de dire que l'être humain, avec le temps, devenait de plus en plus matérialiste, alors que l'homme antique était plutôt idéaliste (ici, il faut comprendre par idéaliste que ses idées lui paraissent aussi vraies que la matière; c'est le même principe que Dieu pour un croyant, Dieu existe, bien qu'il s'agisse d'une Idée, non-matérielle). L’honnêteté intellectuelle aurait été de dire que l'on suppose très fortement que le côté spirituel avait un rôle important dans l'antiquité, sans pour autant pouvoir l'affirmer avec certitude (c'est tout le principe de l'Histoire, supposer au plus vrai) mais pas de ça ici; le grec quand il dit qu'il voyait un esprit, il était persuadé de le voir et puis c'est tout, l'argument tient dans la réponse. A est idéaliste, A voit un esprit, l'esprit existe car A est idéaliste.

De manière générale, ce livre n'aime pas trop argumenter. Il préfère éluder les question gênantes :
Ce 3ème œil qui servait à voir les esprits, qui l'avait ?
Tout le monde l'avait mais on l'a perdu avec le temps, c'est ballot !
Existe-t-il des preuves ?
Seulement des indices cachés ça et là, quelques symboles, quelques textes à interpréter,
Qui étaient au courant ?
Absolument toutes les personnes d'influences mais pas les paysans, ce qui est bien pratique.
Pourquoi est-ce que c'est un secret encore aujourd'hui ?
Parce que c'est contraire à nos idées actuelles et cela pourrait choquer l'humanité. Généralement le genre d'arguments qu'on retrouve dans les théories complotistes bas-de-gamme.

On retrouve même la technique du moule qui consiste à faire rentrer de force un fait quelconque à grands coups de talon dans le moule prévu à cet effet. Un exemple lorsque l'auteur cite la Bible, et le livre de Job 29.3 :

Oh! que ne puis-je être comme aux mois du passé, Comme aux jours où Dieu me gardait, Quand sa lampe brillait sur ma tête, Et que sa lumière me guidait dans les ténèbres, l'auteur s’empresse d'ajouter : Bien évidemment, Job fait référence à la lanterne d'Osiris.

L'histoire secrète du monde fonctionne beaucoup sur le principe de la double-lecture, qui consiste à dire que l'analyse qu'on fait des textes bibliques, coraniques ou philosophiques est toujours mal-interprété par qui ne connait pas le secret. Donc, quand Job parle de la lampe qui brille, ce n'est pas une métaphore, c'est au sens littéral qu'il faut le comprendre. Autre exemple : Le bâton qu'utilise Moïse, c'est une image de la conscience animale du serpent/Lucifer, conscience qui a été maîtrisée, qui s'est soumise à la volonté et à une discipline morale, quoique cela puisse dire... Et pour beaucoup de choses c'est comme ça que ça marche. Par exemple, lorsque l'auteur nous raconte ces rites initiatiques qui permettent d'accéder à ce stade plus élevé de la conscience humaine, il est souvent fait allusion au fait de mourir (spirituellement) et de ''ressusciter'' trois jours plus tard. Comme Jésus. Qui était initié donc. Un auteur antique aurait écrit ; je suis allé à la cave cherchait du vin, je me suis fait un croche-pied et je suis resté évanoui trois jours, que Jonathan Blake aurait vu la preuve ultime que cet auteur connaissait le secret des initiés. La Bible parle de géants ? Un hiéroglyphe évoque des hommes-poissons ? Tout ça existe. Les preuves ? Les mêmes que toute à l'heure ; l'homme d'alors était idéaliste, donc ce en quoi il croit existe. Ce livre est prétentieux au point de prétendre pouvoir dire avec certitude ce en quoi croyait l'homme antique.

Et là, je ne parle pas des dates éso-historiques où toute la chronologie établie par le circuit historique classique est fausse à cause du Carbone 14. Si la pensée précède la matière, alors ce que dit le carbone 14 est faux (puisque c'est de la matière).

Une autre ''thèse'' qui revient de temps en temps est de dire que le méchant monde moderne et matérialiste tue l'imagination. Et étrangement, je trouve que pour un livre qui contient un jumeau du Christ qui est en fait une réincarnation du Dieu-Soleil, c'est justement tout le discours du livre qui tue l'imagination. Parce que, une autre thèse du livre (oui, encore une, quand je dis que c'est le zoo), consiste à dire qu'au final, la plupart des mythes et des religions ont une base commune, base qui est en réalité la thèse ésotérique du Dieu-Soleil, des chakras et de tout ce cirque. Premièrement, cela ôte à chaque civilisations ses spécificités culturelles que l'on retrouve dans leurs mythes respectifs (même s'il existe des points de convergences dans les mythes, on est d'accord). Qui dit spécificités culturelles, dit imaginaire collectif différent. Ainsi, même si les Égyptiens et les Celtes (exemple fictif au pif) partageait un mythe, la façon dont ceux-ci l'intégrait à leur vie quotidienne était différente justement à cause de la vie matérielle qu'ils menaient ; les conditions climatiques, la technologie, l'organisation sociale, influencent grandement la façon dont une histoire est perçue donnant donc lieu à des interprétations différentes. Or l'auteur tend à dire que, puisqu'ils étaient des peuples idéalistes, ils interprétaient ce mythe de la même manière. Au lieu d'avoir des peuples variés et chacun apportant sa pierre à l'édifice de l'histoire du monde, on se retrouve avec grosso modo le même peuple relativement uniformisé dans leur mythe ésotérique. Et deuxièmement, l'auteur ne laisse pas la place à la créativité des auteurs antiques. Lorsqu'il parle de Socrate qui parle de son démon, il ne se dit pas que Socrate pouvait utiliser de métaphores ou d'allégories. Ce que dit Socrate est interprété au premier degrés, comme si le papa de la philosophie n'était pas assez malin pour parler par images évocatrices.

1 étoile pour le petit exercice ''spirituel'' proposé dans les premières pages, 1 autre pour la bibliographie et les références mais il n'y a définitivement rien d'autre à sauver. À part ma commode bancale.

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