"On ne fait pas rire si on ne surprend pas" ...

Avis sur La Cantatrice chauve

Avatar LidenBranquignole
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... mais si on surprend, on ne fait pas forcément rire. Voila ce que j'aurai certainement répondu à René Goscinny après avoir lu "La cantatrice chauve". Car sa lecture m'a volé l'envie d'aller voir une quelconque adaptation scénique, en tout cas pas tout de suite. Et j'espère de tout cœur que les personnes ayant décidé de la jouer sont suffisamment talentueuses pour insuffler, par leur jeu, un petit intérêt à cette pièce. Que l'on me comprenne bien, j'aime être surpris par une histoire, mais encore faudrait t-il en avoir une. Car plus je tournais les pages, plus j'étais exaspéré par la pauvreté de celles-ci.
Avant d'avoir découvert cette pièce, je croyait aimer l'absurde car je tiens François Rollin en haute estime et que Boris Vian est mon auteur de prédilection. Mais que nenni, car il semblerait que Ionesco se situe dans des terres beaucoup plus profondes dans ce pays qu'est l'Absurdie. Des terres où chercher la moindre explication, c'est la mort assurée et où la suspension consentie d'incrédulité n'est qu'une légende folklorique de pays lointains. Je n'avais jamais fait de voyage aussi loin en Absurdie, j'en suis revenu et je vais essayer de comprendre pourquoi un spectacle de François Rollin me fait rire et pas une pièce de Ionesco. Pour cela, je vais prendre un sketch au hasard ... "Le Code Secret" du Professeur Rollin. Si vous ne le connaissez pas, je vous conseil d'aller le voir ça dure 3 minutes, si vous n'avez pas 3 minutes devant vous, ne vous en faite pas je suis là. C'est un sketch dans lequel François Rollin dans son rôle de professeur, trouve des moyens mémo-techniques pour retenir son code de carte bancaire. Comme pour "La cantatrice chauve" le sketch avance et est de plus en plus absurde et comme pour "La cantatrice chauve" le sérieux avec lequel il est joué, est un ressort comique. Cependant, je croit que la différence entre les deux se situe au tout début du sketch, au moment où il explique quel est son but (permettre à son auditoire de retenir son code à 4 chiffres). Le spectateur a une base rationnelle à laquelle se rattacher car des moyens mémo-techniques pour se souvenir d'un code, il en existe une grande quantité. C'est le décalage entre les moyens mémo-techniques simples que nous connaissons plus ou moins et les moyens absurdes présentés par le professeur qui provoque le rire (en tout cas pour moi), et l'effet comique est renforcé par la figure du professeur qui est censé nous apprendre des faits rationnels, de manière didactique. L'absence de fil rouge dans l’œuvre de d'Eugène Ionesco a fait qu'elle n'avait, à mes yeux, aucun sens, il s'agissait juste d'une succession de scènes, de phrases et à la fin, de mots sans queue ni tête. Sans intrigue, il ne peux y avoir de morale, les personnages finissent l'histoire comme ils l'ont commencé et donc, moi aussi. En outre, les quelques idées efficaces ne le sont qu'un temps, car dans "La Cantatrice Chauve" les blagues durent encore et encore, jusqu'à devenir insupportable.
J'ai lu dans d'autres critiques que cette volonté de faire parler des personnages au hasard et sans que ceux-ci ne s'écoutent était un reflet de la société car les gens le font aussi dans le vrai monde de la réalité véritable, dans une moindre mesure. Mais je suis certain qu'en demandant à n'importe qui d'écrire un dialogue où les personnages disent la première chose qui leurs vient à l'esprit (et donc à l'esprit de l'auteur), cet effet sera reproduit sans effort. Cela a d’ailleurs été fait. "Sunspring" : C'est le nom d'un court-métrage scénarisé par une intelligence artificielle, donnant aussi dans l'absurde. En visionnant ce film, j'ai ressenti exactement la même chose qu'en lisant la pièce : ça ne va nulle part, et les personnages semblent parler, mais pas entre eux. Pourtant, je suis convaincu que la volonté artistique du robot n'était pas de décrire sa vision de la société, en abordant la question du "superflu conversationnel" et en faisant une féroce critique sur "la communication et l'incommunication entre les êtres", enfin je n'espère pas. J'espère me tromper en écrivant cela, mais je pense que "La cantatrice chauve", c'est 70% d'aléatoire, et, par conséquent, essayer d'y trouver un sens, c'est faire de la surinterprétation. Mon hypothèse est que le seul but d'Eugène Ionesco avec cette œuvre, était de se faire inviter dans des soirées mondaines et de se marrer en voyant des personnes espérant se faire bien voir en faisant semblant d'avoir compris l'histoire et la morale.

Sources :
René Goscinny, "On ne fait pas rire si on ne surprend pas"
François Rollin, Le code secret
Sunspring

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