Connaître son ennemi

Avis sur La Domination masculine

Avatar Moizi
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Je connais mal Bourdieu, mais j'ai cette impression qu'il est un peu l'ennemi puisqu'il est utilisé par mal de gens qui racontent pas mal de la merde (SJW, féministes, végétaliens, etc) et c'est exactement ça. Ce livre, je ne sais pas s'il en est l'origine, mais me semble être la base des luttes "sociales" de nos jours, celles qui ne se font plus au niveau d'une idéologie de classe, mais au niveau d'un rapport "dominant" "dominé" se fonderait sur la couleur de peau, le sexe, la sexualité, etc. Bref tous ces discours d'idiots du système qui ne servent qu'à détourner du réel problème qui est la lutte des classes. Que l'on ne vienne pas me faire croire que la bourgeoise et la roturière aient le moindre intérêt commun...

On a bien sûr un livre qui n'est pas issu d'un travail réellement scientifique, qui se base sur des approximations, des symboles, sans réellement que l'on connaisse son corpus, que l'on sache combien de fois les termes, les symboles ont été utilisés, à quelle époque, par qui, dans quel lieu, dans quelles circonstances... Donc j'ai vraiment du mal à y accorder du crédit intellectuel, de plus tout le début du bouquin, voire même la majorité se base sur des symboles, qui seraient les symboles de la domination masculine et du coup c'est assez drôle, parce que moi j'ai lu Wittgenstein (et je conseille pour le coup Remarques sur le fondement des mathématiques) et il explique très bien que si tu veux voir une corrélation tu vas la voir. Exemple d'actualité très simple, pour certains Macron est le symbole du renouveau de la classe politique et du bouleversement des clivages, parce qu'ils ont envie de voir ça, ou parce qu'ils veulent faire croire ça. Or pour moi il est plutôt le symbole d'une continuité avec toujours les mêmes qui tirent les ficelles derrière et qui appliquent la même politique depuis 83. Chacun voit midi à sa porte, c'est magnifique.

Donc se baser sur des symboles, ça peut être un indice, mais ce n'est pas un travail réellement sérieux, surtout lorsqu'ils sortent à ce point de nulle part.

De plus Bourdieu n’interroge jamais la biologie, pire il essaye de contredire les gens qui en parle, mais sans réellement répondre sur le fond et la fait passer vite fait à la trappe en la méprisant quelque peu... Mais plus grave encore, il ne s'intéresse pas aux fondements, aux raisons de pourquoi la société est comme cela. Surtout qu'il se base sur la société Kabyle, alors je veux bien, mais encore une fois, la pertinence du choix peut être remise en question.

Ce que fait Bourdieu dans ce bouquin, j'appelle ça du parasitisme, ça parasite l'esprit des gens en leur disant "mon dieu ça c'est insupportable", sans jamais leur dire, ou même avec l'intelligence de comprendre ce qui va se passer ensuite. Car il n'anticipe rien, il ne voit rien, il n'interroge pas ce qu'une perte de ce qu'il appelle la "domination masculine" va entraîner au niveau de la tradition, de l'autorité...

On est dans une lecture totalement morale du monde, où on a décidé que ça c'est bien, que ça c'est mal et finalement ça me rappelle un peu Manderlay de Lars von Trier, où Grace, féministe, anti-raciste, contre l'esclavage va remettre en question tous les codes établis dans une petite communauté qui pratiquait encore l'esclavage dans les années 30 et sans savoir, sans comprendre pourquoi les règles étaient en place va les changer... avant, je vous le donne en mille de se rendre compte que les règles étaient là pour des raisons et qu'elle n'a fait que semer le chaos en voulant accorder à ces anciens esclaves plus de liberté.

Et je terminerai par ça, le livre s'ouvre sur la certitude de Bourdieu d'une domination masculine, j'ai donc plus l'impression de lire un immense biais de confirmation de 160 pages.

Attention, je ne dis pas qu'il n'y a pas l'un ou l'autre truc vrai noyé dans une tonne de français pompeux, avec des phrases alambiquées qui ne veulent plus dire grand chose (un petit jeu, prendre une phrase au hasard et chercher le verbe, le sujet, les compléments, etc), je dis juste que c'est de la pleurniche (intellectualisée, mais de la pleurniche malgré tout), unilatérale, qui supprime tout inné et ne se fonde que sur de l'acquis... Alors c'est bien beau ça, mais encore faudrait-il pouvoir le prouver...

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