Merci pour ce rappel, cher Mr. Orwell

Avis sur La Ferme des animaux

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Écrit après la seconde guerre mondiale, La ferme des animaux est une critique claire du communisme. Les références envers Staline, Lénine, la propagande, Trotski, Nicolas II, le stakhanovisme, sont nombreuses.

Les animaux de la ferme du Manoir, propriété de Mr. Jones, sont appelés à se réunir auprès du plus vieux cochon de la ferme: Sage l'Ancien. Celui-ci souhaite transmettre un message: l'Homme est le mal de tous les animaux; il profite des productions animales, exploite les habitants de la ferme, écorche les camarades, vend les petits, sans rien donner en échange sinon pas assez de nourriture. Sage l'Ancien prédit donc une révolution animale. Ce soir là, la chanson Bêtes d'Angleterre devient l'hymne d'une vie meilleure pour les animaux.

Une fois le vieux cochon mort, trois jeunes cochons leaders, Brille-Babil, Boule de Neige et Napoléon, prennent pour mission de propager la nouvelle et d'enseigner l'Animalisme aux générations futures.
La révolution arrive plus vite que prévu quand Mr Jones en vient à délaisser les animaux qui meurent de faim. Le soulèvement amène les animaux à diriger eux même la ferme et à renverser le chef actuel. La ferme prend le nom de la Ferme des Animaux.

Suite à cela, sept commandements sont instaurés et inscrits sur le mur de la grange:

" Tout deuxpattes est un ennemi.
Tout quatrepattes ou tout volatile, un ami.
Nul animal ne portera de vêtements.
Nul animal de dormira dans un lit.
Nul animal ne boira de l'alcool.
Nul animal ne tuera un autre animal.
Tous les animaux sont égaux. "

Il est également décidé que chaque dimanche, les animaux défileront devant le drapeau vert, peint des deux symboles de la corne et du sabot, ainsi que devant le crâne de Sage l'Ancien.

Mais cette utopie ne durera que peu. Malgré le bien fondé de ces règles, au fur et à mesure du livre, ces commandements seront détournés de leur but premier, et réinterprétés puis réécrits selon les nécessités du chef actuel.

Bien sûr, la ferme des animaux est à considérer comme une critique d’ l’U.R.S.S. rudement bien menée. Le renvoi vers des personnages précis et réels peut ne pas être immédiatement perçu, quand bien même il est évident que La ferme des animaux est une critique du communisme et que chaque espèce animal représente une catégorie précise dans la société humaine.

Les cochons menant la danse ne sont autres que des références à Staline, Lénine et Trotski.
En effet, suite à la mort de Sage l'Ancien, figure de Lénine dans le roman, un perpétuel désaccord entre Boule de Neige et Napoléon voit le jour, chacun souhaitant prendre la tête du mouvement. Contrairement à Napoléon qui souhaite asseoir son pouvoir par l'endoctrinement des jeunes et la maîtrise du peuple de la ferme, Boule de neige prône l'industrialisation avec la construction d'un moulin qui rendra le travail plus facile, mais aussi, il souhaite répandre le désir de liberté, en partageant avec les autres fermes.
L'un des cochons, violent, finit par obtenir le pouvoir par la force tandis que l'autre, pourtant brillant et dévoué à la cause, est exilé de la ferme.
Tout comme 1984 du même auteur, avec Emmanuel Goldstein, qui est la figure de l'ennemi par excellence, le cochon exilé devient le responsable de tous les problèmes de la société. La haine est ainsi canalisée vers un bouc émissaire extérieur à la ferme.
C'est évidemment un rappel envers Staline représenté par Napoléon, brute et violent, et Trotski représenté par Boule de Neige, car à l'instar de Trotski et Staline, Boule de Neige pourtant apprécié du peuple finit exilé et coupable de tous les maux tandis que Napoléon s'empare du pouvoir, et par la suite, des idées de Boule de Neige.

Les moutons quant à eux sont l'image de la masse qui accepte et suit le changement sans sourciller. Aucune réflexion de leur part n'est attendu. La doctrine leur sera même simplifiée afin qu'ils la retiennent et la récitent à tue-tête.

Brille-Babil agit comme vecteur de propagande, à l'image d'un journal ou d'affiches contrôlés par le chef du régime.
Suivant chaque "réajustement" du règlement ou des habitudes animales: diminution de la ration alimentaire, augmentation du travail, réinterprétation du règlement, etc., Brille-Babil parviendra à convaincre sans mal les autres animaux, naïfs et malléables, que ce réajustement est dans leur intérêt.

Le cheval Malabar sera l'ouvrier pour qui le travail est prioritaire. Son acharnement et sa devise "Je vais travailler plus dur" rappellent le Stakhanovisme, campagne de propagande soviétique qui faisait l'apologie d'un travailleur très productif et dévoué à son travail.

Finalement, à l'image de l'URSS, les cochons qui prennent le pouvoir ont au départ un but qui est d'instaurer un nouveau régime plus égalitaire, et de ne surtout pas avoir de relation avec les humains, l'ancien régime, avec qui ils souhaitent rompre tout contact.
Puis, au fur et à mesure, les cochons bafouent les commandements qu'ils avaient instaurés, forcent un travail plus difficile, prennent du bon temps sur le dos de leurs camarades, les autres animaux, convainquent ces derniers du bien fondé de leurs intentions grâce à la propagande et à la menace. Si bien qu'à la fin, la démocratie tant souhaitée s'est effondrée et les cochons deviennent identiques à ceux contre lesquelles ils se sont rebellés et qu'ils ont longtemps dénigrés; les humains, tandis que le statut des animaux, quant à lui, est revenu à ce qu'il était sous le contrôle de John.

Le message passe clairement dans ce livre, qui est un pur régal. L'histoire est active, rythmée. Le principe de faire passer le message par le biais des animaux permet d'aborder le sujet avec moins de réticences.
C’est également un livre ludique, puisqu’il retrace une période importante de l’histoire.
Chaque détail, chaque animal, cadre parfaitement avec l'histoire réelle. George Orwell n'a rien laissé au hasard.

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