Le pouvoir de l'amertume ou l'amertume envers le pouvoir

Avis sur La Ferme des animaux

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La Ferme des Animaux, titre bien innocent pour un livre si intense et lourd de sens. On croirait à un livre pour enfant. Et pourtant, quand on en sort, on est ce qu'on peut appeler au fond du trou, autant par ce qui y est dénoncé et que par le style de l'auteur. Il manie habilement à la fois ironie ("certains sont plus égaux que d'autres" on sourit jaune), second sens (ces sept commandements dont le sens se transforme innocemment tout au long du récit), et ton tragique, et ce, tout aussi habilement dosé. Ce ne sont que 150 pages, mais elles sont virtuoses. Et alors qu'elles déploient l'histoire d'une contre-utopie (celle de l'URSS), on sent doucement arriver comme un goût amer dans notre bouche, une petite voix dans notre tête qui nous montre comment chaque rêve peut devenir un cauchemar.
Orwell ne fait d'ailleurs pas seulement la description de la contre-utopie, mais avertit aussi sur l'ignorance, et le manque d'esprit critique. Car il n'y a pas que les grands méchants, il y a aussi ceux qui les suivent sans se poser de question et qui se plaindront innocemment qu'ils ne savaient pas. Un message, puisqu'il semble qu'on se sente protégé par la barrière de l'histoire, intemporelle.
Il n'y a selon moi rien de plus à la fois utile et admirable pour un auteur que de rappeler en toute humilité que l'homme est un échec. Orwell le fait très bien, il a un don pour ça, et je regrette que les politiques d'aujourd'hui ne se penchent pas d'un peu plus près sur ses livres. Mais à trop se pencher, ils ont peur de tomber.

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