Critique de Shaynning

Avis sur La Goûteuse d'Hitler

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Elles sont dix à avoir été"recrutées" par les Nazis en tant que "gouteuses" du Furher. Dix allemandes, qui vont faire chaque jour le trajet jusqu'à la caserne afin de manger les meilleurs plats imaginables en tant de guerre, mais également un travail obligatoire et potentiellement létal. Rosa Sauer, l'un d'elle, nous livre son quotidien avec ces femmes de conditions diverses, son amour compliqué avec le chef SS en charge d'elles, sa relation avec la famille de son mari parti à la guerre et son espoir déçu d'être mère.
Je dois dire d’emblée que j'ai eu du mal avec ce roman, qui possède un coté intéressant et une dimension humaine pas très évidente, du moins au début, mais qui souffre aussi de moments un peu creux, d'un texte pas toujours clair et de passages parfois moins pertinents. S'il y a bien eu quelques passages plus émouvants, il y avait pour moi trop de longueurs et de moments ennuyeux. Écrire au sujet de livre est une tâche étonnamment laborieuse, et ce d'autant que les autres critiques sont assez positives.

D'un point de vue du sujet, et pour reprendre une formulation qui m'a plu chez une autre Lectrice: "Qu'une nation soit prête à sacrifier ainsi des êtres humains, qui plus est appartenant à son propre peuple, est très révélateur de l'endoctrinement massif qui avait cours à cette époque : rien n'était trop beau pour le Führer, tout lui était dû, y compris des vies humaines."
Je n'aurais pas formuler mieux ce constat. Les nazis étaient des champions de la déshumanisation, renforcés par l'effet de groupe auxquels ils se soumettaient, abandonnant la pensée individuelle, le libre arbitre et s'exposant donc à l’irresponsabilité morale la plus totale. Après tout, le Furher fait office de tête pour tous, expliquant du même coup l'intérêt certain de le protéger, même au péril de la vie de concitoyennes.
Dans son sujet, donc, ce roman était intéressant, offrant une fenêtre sur les allemands sacrifiés aux besoins du Parti et , dans ce cas-ci du Grand Chancelier. On aurait pu croire que jamais les si précieuses aryenness puissent ainsi souffrir d'un pareil manque de considération: pourquoi prendre des femmes allemandes quand on a autant de sous-races à exploiter? C'est d'ailleurs un point que j'aurais aimé mieux comprendre, mais l'auteur ne révèle pas les raisons du choix de ses dix femmes pour ce "travail" de gouteuse. Était-ce parce que les allemands y voyaient là un sens du devoir qu’aucune bonne allemande ne refuserait de faire? Était-ce parce qu'à un moment ou à un autre, elles auraient fait quelque chose contre le parti et mériter de perdre la vie selon eux? Peut-être l'autrice n'avait-il pas les motifs réels, mais cette question m'est restée du début à la fin.
C'est donc intéressant de suivre ses femmes qui sont paradoxalement bien et mal traitées, considérées et inconsidérées tout à la fois. Mais comme l'a expliqué l'autrice,toutefois, le roman est inspiré, et non basé, sur les vraies gouteuses d'Hitler. L'Histoire me semble est plus de fond que de front.
De plus, le style de l'écriture souffre de problèmes de ponctuation récurrents, rendant le tout parfois diffus, parfois incohérent et cela nécessite de relire certains passages pour le comprendre, ce qui est agaçant.
Bien que je conçois le contexte de guerre peut entrainer/expliquer des comportements parfois étranges de la part des personnages, l’héroïne, Rosa, était parfois vraiment difficile à cerner. Ni vraiment attachante, ni vraiment détestable, mes sentiments à son égard sont un peu comme le texte: flous. Ce personnage ne m'aura pas marqué et malgré l’emploi du "je" qui permet d'être dans sa tête, elle semble manquer de profondeur, comme si elle était à moitié transparente. À moins que ce soit là le but de l'auteur, auquel cas, bravo,c'est réussi.
L'histoire ne relate pas tant de faits historique que laisse supposer le titre et le sujet. Il y a beaucoup de longueurs sur certains souvenirs d'avant guerre, de réflexions personnelles, de réflexions relationnelles, de petits secrets, de gros secrets et de petits moments du quotidien qui meublent le tout.

Par ailleurs, la troisième et dernière partie du roman est très courte, ne livre peu ou pas de final à la majorité des personnages, qui se contentent de disparaitre dans la brume du temps. C'est un peu frustrant de les avoir suivis sans connaitre leur sort, mais en même temps, la vraie guerre fait exactement ça: elle laisse dans le brouillard. Mais en choisissant de nous laisser dans l’ignorance du sort des autres personnages, l'auteur semble aussi illustrer que Rosa a fait un sacré sur-place après la guerre et n'a pas chercher à en savoir sur ses compagnes d'infortune ni sur son amant, ce qui est profondément triste. Un personnage qui n'est pas sortie de sa table de gouteuse une fois la guerre finie, semble t-il.

Au final, je dirais que c'est un roman qui a un sujet intriguant, mais qui ne se démarque pas, du moins pas pour moi. Je n'en sors pas imprégnée, ni transformée, ni bouleversée. Il existe beaucoup de livres avec la deuxième guerre comme fond, qui on une meilleure trame, une plus jolie plume et des personnages plus étoffés. Je pense notamment à "5 minutes de plus à Berlin"de S.G Malone ou "Le chant du Rossignol" de K.Hanna. Ce ne serait donc pas le premier que je recommanderais en ce sens, et ce même s’il a gagné des prix. Je pense que le sujet aurait pu avoir plus de place qu'on lui en a donné dans le récit. Je garderai en mémoire le sujet de ces femmes objectivées, mais l'histoire de Rosa, elle, risque de disparaitre de ma mémoire assez vite.

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