Un polar coup de poing, véritable merveille

Avis sur La Griffe du chien

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Alors que nous sommes saturés de polars plutôt mous, ennuyeux et remplis de sérial killer, il est étrange qu'on n'ait pas plus parlé de ce chef d'œuvre. Oui un chef d'œuvre, dans la lignée des meilleurs Ellroy. Un livre qui me réconcilie avec un genre qui commençait à me lasser un peu tant il tourne en rond. Oubliez les usines Connely, Mankell et compagnie pour lire quelque chose qui a beaucoup plus d'ampleur et d'ambition.

« Il existe deux choses dont le peuple américain ne veut pas : un autre Cuba sur les territoires d'Amérique centrale, et un autre Vietnam » Ronald Reagan.

Cette phrase, en exergue d'un des chapitres du roman, explicite bien le fond du roman : comment les USA pour financer la lutte contre les mouvements d'extrême gauche en Amérique centrale ont eu une attitude plus que complaisante vis à vis des narcotrafiquants. « La griffe du chien » se penche donc sur la drôle de guerre menée par les USA contre le trafic de drogue.

Fin des années 70's, début des années 80 Arthur Keller, ancien de la CIA est engagé par le DEA, l'agence américaine de lutte contre la drogue. Il collabore avec un policer mexicain Miguel Angel Barrera pour faire tomber les cartels mexicains. Il ne comprend qu'après l'opération qu'il a été manipulé par Barrera pour nettoyer le terrain pour que celui-ci puisse mettre en place sa propre organisation avec l'aide de ses neveux, Adan et Raul. Art, "le seigneur de la frontière" commence alors sa croisade contre les Barrera, croisade qui lui coûtera cher, très cher. Pour le lecteur c'est le début d'un tourbillon qui l'emportera au royaume du mal.

« La plupart de ses nuits, il les passe avec ses morts.
Ils sont en nombre et toujours disponibles. »

« La griffe du chien » qui s'étend sur une période de 25 ans, c'est un livre extrêmement bien documenté qui nous parle du monde des narcotrafiquants et de tout les horreurs qui l'accompagnent : l'extrême violence, le racket, le financement par la CIA de la lutte contre les mouvements marxistes grâce au trafic de drogue, l'incroyable ampleur de la corruption, le rôle des milices d'extrême droite, de l'église et de l'Opus Dei, la main mise des narco sur le gouvernement mexicain... Le genre de bouquin qui ne vous rend pas franchement optimiste sur l'état du monde. Probablement Le Livre sur les trafic de drogue aux Amériques.

Mais "La griffe du chien" ca n'est pas juste un reportage ou un document extraordinaire, c'est également un très beau roman, prenant, haletant, brillant duquel le lecteur sort choqué, rincé.

Les personnages sont incroyablement vivants et très bien campés. Quel que soit leur camp, ils sont hantés par les actions qu'ils sont amenés à commettre et sont en quête d'une rédemption qu'ils auront bien du mal à trouver. Les scènes d'action sont magistrales et très prenantes mais l'auteur sait aussi faire des pauses et introduire des moments de calme sans jamais casser le rythme. Le livre solidement construit, nous promène de la Colombie aux USA, en passant par le Mexique, le Honduras et même en Chine. La violence est omniprésente mais contrairement à beaucoup de polars elle n'est jamais gratuite.

Au final un roman avec un souffle rare, véritable épopée tragique hantée par la haine, la peur et la violence que vous n'êtes pas prêt d'oublier.

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