La mélancolie du geyser

Avis sur La Lettre à Helga

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Romantique, La lettre à Helga ? A vrai dire, tout dépend de ce que l'on entend par là et ce n'est que l'un des aspects du roman de Bergsveinn Birgisson. Nostalgique, alors ? Oui, sans l'ombre d'un doute, dans la description d'un monde rural, âpre et humain, loin du pays standardisé et "vendu" au Dieu argent qu'il est devenu. Cette longue lettre (130 pages) est la confession ultime d'un vieil homme, Bjarni, à la seule femme qu'il ait jamais aimée et avec laquelle il n'a pas pu, ou pas su, vivre pleinement sa passion. Et comme il est lucide, cet éleveur de moutons, lui qui se décrit lui-même comme un indécrottable cul-terreux, au moment de faire le bilan d'une existence gâchée par une certaine lâcheté ou tout bonnement l'impossibilité d'abandonner sa vie tranquille, quoique insatisfaisante, pour la grande aventure amoureuse. S'il y a souvent de la mélancolie dans le livre de Birgisson, pas trace de complaisance en revanche et encore moins d'effets mélodramatiques. Les dernières lignes, avec sa cruelle révélation, en sont d'autant plus poignantes. Le ton du livre est vigoureux et alerte, avec des traînées d'humour irrésistibles qui font parfois place à une crudité éclatante dès lors qu'il s'agit d'exprimer les vertiges du désir. Sans oublier un lyrisme diffus et élégiaque, ode splendide à la beauté dangereuse de la nature islandaise. La traduction de Catherine Eyjolfsson est magnifique, à l'égal du travail qu'elle a accompli sur les livres d'Olafsdottir. On pense un peu à Sur la route de Madison et puis on n'y pense plus. On est là, dans la tête de ce vieillard dont les souvenirs jaillissent comme un geyser trop longtemps en sommeil. C'est le genre de roman que l'on lit d'une traite et qu'on a envie d'offrir autour de soi. A des gens qu'on aime, de préférence.

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