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La Métamorphose par HammerKlavier

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Je viens de terminer la lecture de ce récit pour la deuxième fois. j'avais beaucoup aimé ma première lecture. A la seconde lecture je m'aperçois encore plus de l'exceptionnalité de ce texte.

Le synopsis est bien connu. Un homme (le fils) se réveil un matin, dans sa petite chambre, métamorphosé en un insecte à taille "humaine", tel un cafard géant. S'en suit la description de l'impact de cette métamorphose sur le personnage et la cellule familiale (constitué de la soeur, de la mère et du père) et des quelques personnages secondaires visitant la maison.
A cette seconde lecture, le caractère répugnant, dégoutant et triste de ce récit m'a frappé davantage encore que lors de ma première lecture. Notamment par la forte dégradation progressive du personnage tout au long du récit.

- La dégradation de son état physique : il se blesse et est blessé par son père (l'image de la pomme que son père lui lance violemment et qui reste incrusté des mois dans sa carapace pour y pourrir est répugnante). De même il peine de plus en plus à se déplacer sous le regard dégouté et sans pitié de sa famille

- La dégradation de sa chambre. Au début, sa soeur s'occupe d'y faire le ménage et de le nourir en prenant soin de séléctionner les choses qu'il aime puis peu-à-peu, elle y rennonce. On se sert alors de sa chambre en dépotoire ou les meubles dont on ne sait plus quoi faire s'entassent dans la poussière et où les détritus jonchent le sol. La chambre devient un véritable cafarnaüm, repère de l'immonde créature qu'est devenu le fils et où il se tapi.

- Enfin la dégradation mentale du fils. A mesure que le récit avance, on réalise a quel point le personnage devenu cafard, autrefois voyageur de commerce et qui tenait a bout de bras le sort de sa famille, s'appitoie sur le sort de ces proches plutot que sur son sort a lui, négligeant de façon absurde sa propre métamorphose, comme si elle n'était qu'un vague a l'âme, ou un état passagé pas plus grave qu'une grippe (c'est de cette façon que le recit n'est a auncun moment dans le fantastique mais reste collé à la réalité par cet absurde). A mesure que son désarroi augmente, sa famille le rejette et chacun de ses membres se métamorphose à son tour, se libère, s'épanoui. Ils s'épanouissent en effet de devoir prendre leur destin en main et pour cela il rejette le fils. Cruel.

Ce que je trouve génial, c'est que cette métamorphose surnaturelle, incongrue et parfois grotesque et qui permet au récit d'avoir ce caractère si répugnant et dérangeant semble en vérité ne pas être le principal problème de la situation : Le père la mère et la soeur ne souffrent pas de la métamorphose du fils (même si cela les dégoute), pas plus qu'il s'interrroge sur la possibilité de cela, mais il souffrent de la présence du fils ainsi métamorphosé, de la gêne que cela leur cause : ils n'ont plus le revenue du salaire du fils et doivent donc se prendre en main (se métamorphosant a leur tour tout en rejetant le fils, le problème n'est pas la métamorphose du fils, le problème est le fils). Et le fils souffre non pas de sa propre métamorphose, mais de sa famille qui souffre.

Le véritable coeur de l'histoire est bien le drame familliale et comment cela s'organise par les roles que campent les personnages et la métamorphose de ces rôles au fil du récit. La scène du tramway final, seule scène a l'exterieur de l'appartement, baigné de soleil, lors de laquelle resplendit l'espoir retrouvé de la famille (sans le fils donc) et ou s'effectue la vértiable mue de la soeur (le récit se termine sur la vision de celle-ci qui se lève du siège, trasnformé en jeune femme , "en deployant son corps".) est aussi lumineuse que cruelle. Car cet espoir que porte en elle la famille est totalement lié dans le tragique pitoyable de la fin du fils. Cette sensation contrasté est extrement forte, saisissante, et douloureuse.

Un texte dont j'admire la qualité, la vision, la force evocatrice d'un mal-etre, et l'auto-analyse des circonstances de ce malaise. Kafka semble ici livré ses démons personnels et offre le (Auto?) portrait le plus répugnant, cauchemardesque, et triste que je connaisse. Je lui trouve aussi une grande sincérité dans le sens le plus "généreux" de ce terme.

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