Tesson au Tibet.

Avis sur La Panthère des neiges

Avatar -Piero-
Critique publiée par le

Sylvain Tesson est notre Tintin, c'est l'évidence.

Un Tintin qui écrirait admirablement, quand le reporter du Petit Vingtième n'envoya jamais beaucoup d'articles à son journal.

Un Tintin qui boirait comme le capitaine Haddock deuxième manière, pas comme le poivrot du Crabe aux Pinces d'or, mais de façon rationnelle, quoique hautement condamnable par les nouvelles ligues de vertu.

Sylvain Tesson est parti dans l'espoir d'une rencontre, celle de la rarissime panthère des neiges. D'autres recherchent la rencontre d'une femme en sa magie et son irréalité, d'autres espèrent rencontrer Dieu, qui toujours se tait.

Tous sont de la même espèce : celle des porteurs d'espérance, de ceux qui tentent de retrouver en eux la part d'animalité, qui fait de la panthère notre sœur lointaine, si lointaine.

On aime bien s'imaginer que les êtres que l'on aime et admire sont un peu comme nous.

Alors il me plait d'imaginer que Tesson est comme moi un catholique agnostique, ce n'est pas un oxymore.

Agnostique, c'est sûr, toute son oeuvre désormais considérable en témoigne.

Catholique, ça ne veut plus dire grand-chose aujourd'hui, le pontife actuel ayant transformé l'Eglise en une ONG comme une autre, mais sans doute Sylvain l'est-il à la façon d'un Charles Péguy, un poète, un spectateur de l'invisible.

Bravant les insultes et les quolibets des esprits forts contemporains, Tesson n'ose-t-il pas déclarer quelque chose comme (je cite de mémoire) :"l'affût dans le froid glacial pour apercevoir un instant l'animal magique, c'est un peu Bernadette Soubirous priant pour apercevoir une Vierge en son halo."

Tesson ne voyage pas pour fuir une réalité qui lui serait insupportable-la situation catastrophique de son pays la France, situation dont il est pleinement conscient et qu'il ne se prive pas d'analyser au mépris de tous les risques qu'il y a désormais à le faire.

Tesson voyage pour s'émerveiller de ce qui reste de la beauté du monde et rentre à Ithaque pour s'émerveiller de ce qui reste de la beauté de sa patrie.

Tesson n'aime pas Céline, qu'il considère comme un nihiliste poseur.

C'est pas Voyage au bout de la Nuit pour Sylvain et pour nous ses lecteurs envoûtés, mais bien Voyage au bout de la Lumière.

On aime autant ça.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 764 fois
48 apprécient · 4 n'apprécient pas

Autres actions de -Piero- La Panthère des neiges