Oppression politique et dérèglement de la conscience morale

Avis sur La Plaisanterie

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Je ne sais pas pourquoi, j’ai toujours retardé le moment d’aborder Kundera. Quoiqu’il en soit, cette histoire de plaisanterie qui tourne mal, sous un régime communiste jeune et conquérant, et pour un de ses cadres les plus prometteurs, me convenait bien pour une initiation au romancier tchèque. Le camarade Jahn se voit tout à coup rejeté par ses pairs, étudiants membres du parti, lorsqu’est mise sur la place publique une carte postale écrite à la jeune fille qu’il s’attache alors à séduire, avec un succès très mitigé ; la provocation amoureuse est uniformément et mécaniquement interprétée comme une provocation politique ; la vie de Jahn s’en retrouve profondément bouleversée, déviée de la trajectoire assurée qu’elle prenait jusqu’alors. Pourtant, le récit ne s’en tient pas à la critique d'une société dictatoriale, à peine s'y arrête-t-il vraiment, n'en déplaise à Aragon, qui l'a découvert et introduit en France, comme le fait d'un écrivain "libéral" du bloc de l'Est. Bien plus qu'à l'affaire politique, Kundera est attentif aux effets secondaires de l'événement sur la psychologie de son personnage et sur son rapport aux autres, par le biais d’un récit à plusieurs voix, où Jahn, gonflé d'amertume et d'une rage volontiers cynique, apparaît finalement comme un être égoïste, obsédé par son drame personnel, et fermé à au pardon et à la rédemption, quand les êtres qui gravitent autour de lui peuvent tous se dire plus ou moins directement ses victimes. Comme dans les premiers films de Kusturica, c'est peut-être dans cette conscience individuelle déréglée que se trouve finalement le message politique le plus intéressant.

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