Un roman sur le désir

Avis sur La Princesse de Clèves

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Je commencerai par évoquer ce qui m'a sans doute gênée dès les premières pages : je me suis un peu perdue, parfois, dans la multitude de personnages et les différents liens et histoires qui les unissent. Cela ralentissait ma lecture. C'est seulement l'un des quelques défauts que je trouve à l'œuvre. En dehors de ça, ce fut une lecture très agréable de ce grand classique de la littérature.
J'aime particulièrement la finesse dans l'analyse des comportements humains, l'attachement aux silences et au langage corporel des personnages. C'est un roman sur le désir, mais sans que l'on ne soit totalement plonger dans les tourments de la passion comme l'on pourrait rencontrer sous la plume des romantiques : ici, sans doute parce que la narration est externe, il y a un certain détachement qui nous permet d'observer les scènes. Car toute l'intrigue se concentre sur l'évolution du désir amoureux, qui pousse la princesse à se retirer de la cour, le comte à la chercher indéfiniment ; le désir réprimé surtout, et la princesse qui pense s'en débarrasser en fuyant le comte mais qui chaque fois qu'elle le revoit, semble s'étonner de ressentir à nouveau ce même désir, parfois décuplé.
De plus, l'amour n'est pas l'histoire de quelques individus, il prend ici part dans des jeux de rivalités et de pouvoir à la cour. Le désir n'est jamais futile.
Enfin et surtout, ce que j'ai trouvé le plus intéressant, c'est que la fameuse vertu de la princesse dissimule un certain amour propre : elle ne veut pas faire comme les autres femmes, elle s'inquiète aussi de sa réputation si elle s'abandonnait à son désir : ainsi comme lui dit sa mère avant de mourir : "[...] je vous dirais que, si quelque chose était capable de troubler le bonheur que j'espère en sortant de ce monde, ce serait de vous voir tomber comme les autres femmes [...]". Or cela est rarement explicité dans le récit, mais à ma lecture j'ai trouvé qu'il s'agissait moins de vertu que d'amour propre. La fin est excellente, d'abord par son effet de surprise mais aussi parce qu'elle suscite plusieurs réflexions.
Un très beau roman donc, qui ne m'a pas non plus profondément touchée mais qui inspire de multiples réflexions sur le désir et la psyché humaine. A noter, le très beau passage dans la quatrième partie, où le duc de Nemours espionne la femme qu'il désire, qui, elle, languit devant un portrait de lui-même..

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