Les mouettes d'Aurora.

Avis sur La Vérité sur l'affaire Harry Quebert

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Critique publiée par le

Je ferme à l'instant ce roman de 855 pages et j'en reste coite.

Je me suis toujours demandée quel était l'exercice le plus difficile : rédiger une critique négative et de ce fait pouvoir pousser un gros coup de gueule haut et fort : "Voyez-vous, Monsieur, votre livre, ma foi, n'était pas bon."

Ou à contrario, avoir la plume assez bonne pour vous donner envie de lire un livre que vous n'auriez probablement jamais découvert sans cet écrit.

Par les quelques lignes qui vont suivre, j'ai pu avoir ma réponse.

Une critique positive est plus complexe à réaliser car vous vous sentez en partie responsable de ce que pensera votre lecteur de l'œuvre avant même qu'il l'ait lu.
Vous aurez envie de partager avec lui ce qui vous aura plu et ainsi soulever en lui une envie irrépressible de se lever de son canapé pour foncer au Gibert&Joseph du coin (ou pour les plus amorphes, cliquer sur leur panier Amazon).

Cet exercice est d'autant plus complexe lorsqu'il y a tant de choses à exprimer et développer sur l'œuvre.
M'enfin, le plus dur c'est de commencer. Dira-t-on.

Pour donner un peu de contexte, Joël Dickert a reçu de nombreuses distinctions grâce à ce livre et notamment le Grand Prix du Roman de l'Académie Française. (OK, c'était juste pour la minute culture personnelle les gars)

Passons aux choses sérieuses : l'histoire. Et quelle histoire.
Préparez-vous à retenir votre souffle durant toute votre lecture. Soyez prêts à oublier toute forme de vie sociale, vos potes, vos yops et même votre hamster.

Parce-que c'est ce qui se passera lorsque vous aurez entamé la première page de ce roman.
J.Dickert vous plonge directement au cœur de l'action. Pas de blablasVous êtes le spectateur imminent d'un appel téléphonique d'urgence à une centrale de police. Et pour cause : Mamie Cooper, en tant que bonne petite vieille dans une maison à la lisière de la forêt perdue dans le trou-du-cul du monde et qui, visiblement, n'a rien d'autre à faire à part observer ce qui se passe derrière sa fenêtre (oui, oui, on a tous connu ce type de mémé de l'autre côté de sa rue...) va demander de l'aide car elle vient d'apercevoir une fille courant entre les arbres, en sang et poursuivit par un homme.

On finit cet appel tragique par une mega phrase qui va presque faire pleurer le lecteur : "Ce jour là, Nola Kellergan, quinze ans, une jeune femme de la région, disparut. On ne retrouvera jamais sa trace"
OK, grosse ambiance direct. Il ne plaisante pas le Jojo.

"Euh... Mais Claire, ça pue l'ironie ce que tu racontes. Je pensais que tu allais encenser ce livre...". J'y viens.

C'est vrai que durant les premières pages, j'étais dubitative : l'auteur nous amène dans un petit village sans histoire (OKLM comme on dit) perdu au fin fond de l'Amérique avec des bonhommes hyper clichés : un révérend - cliché -, une serveuse dans un restaurant des années 70 ayant comme spécialité, devinez quoi... Des hamburgers. - Toujours plus dans le cliché -, des gens bien pensants qui ne voient ni n'entendent jamais rien mais qui pourtant ne peuvent s'empêcher de se mêler de ce qui ne les regardent pas - summum du cliché.

Je n'avais pas finis d'être ravie quand j'ai compris pourquoi l'auteur avait voulu faire se passer l'intrigue au pays où les candidats à la présidentielle ont des noms de frites : ah oui. La peine de mort qui est toujours en vigueur dans certains États. Du coup, grosse pression : le présumé coupable risque la peine capitale : le couloir de la mort serait sans appel.
C'est vraiment pas de chance cette affaire.
(Oui, oui, ça vient le positif, ça vient...).
À ce moment là, on se dit qu'on se fait avoir "Eh mince, encore une vulgaire enquête policière dans un bled tout naze pour être sûr de laisser un espoir au lecteur qui pensera avoir résolu lui même l'énigme."
Désolée pour tous les Sherlock en herbe : ce roman va vous retourner dans tous les sens. Vous allez être mené en bateau un nombre incalculable de fois. J.Dickert vous prend et vous secoue jusqu'à que vous finissiez totalement ahuris, choqués et déboussolés.

Sans transition, ce livre est décomposé en trois parties, qui, d'après moi, ne sont que l'unique acheminement possible pour ce roman.

D'une main de maître et de sa plume impeccable, Dickert nous retrace l'histoire de Marcus Goldman, écrivain en mal d'inspiration qui va venir en aide à son très vieil ami Harry Québert (lui même écrivain) à se sortir d'une mauvaise passe. En effet, c'est lui qui est accusé du meurtre de la petite Nola dont je vous parlais tout au l'heure.

De là, Goldman va s'improviser enquêteur du dimanche (comme vous, cher lecteur) et tenter d'élucider ce mystère qui va tendre à s'obscurcir au fil des pages.
Si le fil rouge de l'histoire est bien la tentative de réponse à la question : "Mais qui a tué Nola Kellergan ?", le plus intéressant dans ce roman est l'évolution de chaque personnage.
Vous allez passer par toutes les émotions possibles les concernant : de l'amour au la haine, vous finirez par vous demander si finalement vous n'êtes pas qu'une simple girouette incapable de garder un avis fixe sur quiconque.

Ce roman est une véritable source d'inspiration ainsi que de réflexion sur notre société moderne. En passant de la critique de la religion au travers de personnages bons sous tous rapports - au premier abord - à celle de la manipulation des médias quant à vous faire lire ce qu'ils veulent que vous lisiez : " Oh tiens, la couverture de ce livre est super sympa. D'autant que j'ai vu une affiche publicitaire sous mon arrêt de bus vantant la qualité et la distraction que ce livre va m'apporter") (Je ne critique pas les romans de gare.)

L'auteur met aussi en lumière la pression que peuvent subir nos auteurs modernes grâce au personnage de Marcus Goldman. De la maladie de l'écrivain au succès de celui-ci, de nombreuses étapes sont à franchir. Et pour cela, un compte au rebours de 31 chapitres est mis en place par l'auteur pour arriver au chapitre final qui ne sera que l'apothéose de cette œuvre.

Alors vous l'aurez très certainement compris : ce livre n'a pas finit de vous surprendre.

Bonne lecture.

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