L'endroit n'est jamais mentionné mais on reconnait Auschwitz.


Trois voix se succèdent sous la plume de Martin Amis pour raconter l'irracontable dans une farce burlesque :



  • Paul Doll, le commandant du camp, ridicule, alcoolique, mauvais fonctionnaire et fonctionnaire foncièrement mauvais,

  • Angelus Thomsen, un officier SS, protégé par son oncle, secrétaire du "chef" (Hitler n'est jamais cité dans le roman), intelligent et lucide, amoureux de la femme du premier,

  • Szmul, un déporté juif polonais, "Sonderkommando" (c'est à dire les équipes de juifs affectés à la gestion des victimes du camp) ce qui en fait l'un des hommes les plus tristes de l'humanité.


Le roman divise (il a d'ailleurs été refusé par Gallimard, l'éditeur habituel de Martin Amis en France) mais je le trouve vraiment bouleversant, d'une mécanique précise, d'un style sophistiqué et d'une logique imparable : une farce qui ne fait pas rire, du burlesque qui ne vous laisse qu'un goût de cendre, un roman glaçant et effroyable... quoi de mieux pour illustrer à quel point on ne peut comprendre comment un peuple a pu en arriver à soutenir l'appareil nazi et comment l'appareil nazi a pu imaginer la solution finale ?


Je finirais donc ma critique par une citation de Primo Levi : « Peut-être que ce qui s'est passé ne peut pas être compris, et même ne doit pas être compris, dans la mesure où comprendre, c'est presque justifier. »


Le roman ne dit rien d'autre : on ne peut pas le comprendre. Il n'empêche que nous avons besoin d’œuvres comme "La zone d'intérêt" qui nous le rappelle. Pour ne pas oublier. Jamais.

zemoko
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Le 18 octobre 2015

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