Politique et fiction : et donc quoi ?

Avis sur La Zone du dehors

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J'ai totalement adoré ce livre. Enfin... les 580 premières pages de la deuxième édition. À peine terminé, je viens lire les critiques des autres lecteurs sur ce bouquin.

Contrairement à certains, j'ai adoré les membres du Bosquet, leur soif de vivre, leur tendresse, leur brutalité, leur droiture... Ils m'ont rappelé quelques personnes de ma connaissance. J'aurais pu tomber amoureuse de CAPT. Et de SLIFT aussi d'ailleurs.

J'ai adoré les bonnes idées et les trouvailles dystopiques pertinentes et finalement tellement probables.

J'ai adoré l'écriture rimbaldienne de Damasio.

J'ai adoré tout cela jusqu'à un certain point, car le livre n'est pas exempt de défauts. Loin de là. Attention, ça va spoiler.

La fin du roman est hasardeuse, compliquée, caricaturale, immature... Bref, (désolée...) bâclée.

Je n'en pouvais plus du personnage de Boule qui ne fait que dormir et évoquer la mollesse et la chaleur. Après une quatorzième description de Boule endormie contre CAPT, j'ai eu envie de gueuler... Sérieusement...

La disparition de SLIFT est expédiée avec une nonchalance un peu dingue. L'énucléation de CAPT est irritante, tout comme la mort d'OBFFS. C'est bien la peine de surmonter tous ces obstacles insurmontables pour torcher la mort ou la disparition de ces personnages en 5 pages...

D'un point de vue politique, c'est très intéressant, car on retombe dans les travers anar' et anti-système. Tout le monde (ou presque...) s'accorde sur le fait que le système opprime, une faible partie des gens en déduit qu'il faut une révolution, et quand il s'agit de construire "l'après" et bien, plus personne n'a d'idée... Car finalement, le système se reconstruit de lui-même, peu importe les intentions.

C'est exactement ce qu'évoquent les 50 dernières pages du bouquin. On crée vite fait, des villes autonomes de 500 000 habitants sans argent ni structure. Des problèmes naissent (évidemment) : mafia, crimes, invasion américano-israélienne (wtf, apparition de la notion de Nations, 10 pages avant la fin... Admettons....) Mais comment on fait ensuite ? Comment conserve-t-on la liberté ?

Qui peut croire qu'après la mort de A et la disparition du cube, les gentils auront gagné ?

Bref, comme souvent on y va par le menu pour la description du méchant système, mais la suite retombe comme un soufflé. Et le pire, c'est que personne n'exigeait de lui qu'il fournisse LA solution. Il aurait pu s'arrêter au constat comme dans la plupart des dystopies... C'est Damasio lui-même qui crée cette attente en ne parvenant pas à mettre un terme à son intrigue.

Du coup, la fin est interminable. L'impression que ça donne c'est que le gars n'arrive pas à terminer son roman.

Je ne parle même pas des notes d'intention en fin de bouquin qui confirment que finalement Damasio n'a pas un grand respect de la SF. Il y voit juste une manière "pratique" et "confortable" de dispenser son cours de politique et de révolte pour les Nuls...

Mais même d'un point de vue politique, c'est compliqué d'adhérer... La note où Damasio alerte contre les dangers de la sociale-démocratie est affligeante d'immaturité. J'ai eu envie de lui conseiller de lire... Son propre bouquin.

Bref. Je termine cette lecture en demi-teinte. J'ai sincèrement adoré ce livre, mais la personnalité de Damasio s'impose d'une manière trop oppressante sur la fin... Il chie sur ses personnages, chie sur l'intrigue et chie sur la SF... C'est vraiment dommage, ça aurait pu être une oeuvre ultime.

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