Le Dehors de toutes conventions

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Le Dehors de toutes conventions

Alain Damasio signe son premier roman La Zone du Dehors en 1999 (initialement paru en deux tomes). Depuis, il nous aura réjouit avec d'autres romans et nouvelles, dont la célèbre Horde du Contrevent qui le place immanquablement comme un auteur de science-fiction de premier ordre.
Et pour son premier roman, Damasio nous expédie en.... 2084! Le décor est fixé et ses aspirations sont claires. Orwell avait su être visionnaire et proposer un monde effrayant de modernité, mais il lui a manqué une étincelle, un style qui aurait pu faire de son oeuvre celle du siècle. Alain Damasio saura-t-il faire mieux ?

En 2084, la société a donc migré sur une autre planète, dans laquelle le consensus et la démocratie règnent en maîtres. L'ordre ne s'impose plus à la matraque, il s'immisce dans l'esprit, norme chacun. Autant de Panoptiques humains. Mais dans cette torpeur intellectuelle -- celle où les frigos informent des aliments manquants -- La Volte lutte pour une liberté totale, un esprit critique pour tous, à coup de Nietzsche et de Foucault mais à coup de lames et de balles aussi...

Damasio nous offre ainsi de suivre les pensées des nombreux protagonistes de la Volte, mais dans un souhait de décortiquer les mécanismes du pouvoir et de la société -- tout comme son alter ego Captp, professeur de philosophie --, il nous offre également l'intériorité de ceux qui dirigent et s'en lavent les mains... Damasio tire ici le fil des sociétés de contrôle démocratiques, pour en exacerber les plus grands défauts : nos sociétés sont encore bien loin du monde de Damasio, et pourtant... la satire est éclatante! Le sentiment de rébellion naît implacablement chez le lecteur. Face à ce cri d'alerte contre un possible à éviter, chacun sentira l'injonction de prendre garde, de questionner toujours et encore toutes les décisions, non pas pour sortir d'un monde qui égalerait celui là, mais parce qu'il est une semonce des dérives potentielles à nos portes...

Enfin chez Damasio, il y a le style. Orwell assommait par un style académique et pompeux, ne laissant aucune place à l'imaginaire ; Damasio écrit comme il pense, son style fuse. Claque. Bouscule. Il mélange argot et innovation. Les expressions sont sans filtres, vulgaires, puis déstabilisent. Un mot. inconnu. Création venue d'un esprit stratosphérique. Le récit en devient vivant, en ébullition, il se dilate puis s'accélère. Nous lecteurs restons tantôt suspendus, apesanteur, avant de retomber brutalement. Gravité. La lucidité du discours du professeur de philosophie s'oppose à la description glaciale et minérale d'un chaos désertique, tantôt réchauffé par la sensualité de corps amoureux qui s'égarent dans les plaisirs de leur rencontre... L'histoire, polymorphe, épouse les courbes des dunes qu'elle décrit... mais se fait tranchante et douloureuse pour témoigner de la violence.

Une oeuvre très réussie, qui passionnera les initiés avec ses clins d'oeil aux plus célèbres romans du genre... mais qui piquera aussi au vif tous les curieux !

D.M.

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