Un très bon livre de SF (Société-Fiction).

Avis sur La Zone du dehors

Avatar Argentoratum
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La zone du dehors est le premier livre d'Alain Damasio que je lis, s'agissant d'un livre de SF traitant de dystopie et de société, ça m'intéressait fortement.
Je n'ai ni été déçu ni renversé.
Premièrement il faut avouer que cet auteur écrit bien, sait manier les mots, c'est agréable même si parfois ça devient un peu tordu et le discours vaniteux, pompeux et qu'il faille quand même pendant +600 pages ingurgiter un discours profondément de gauche et anarchiste, ce qui n'est pas simple, même si j'ai été sensible et ai approuvé une bonne partie du message inoculé.

Je regrette que le côté SF soit si peu développé étant donné que la majeur partie du livre porte sur la critique de la société et de la politique, le cadre de Cerclon I servant beaucoup de prétexte, ce que je regrette d'autant plus que les idées sont intéressantes. On se trouve sur un sorte de planétoide où vit une population exilée de la terre en proie à une 4ème guerre mondiale ravageuse, dans une société qualifié de parfaite par ses créateurs, ultra quadrillé, modelé et où tout développement de personnalités semble bridé, au point qu'on trouve un système où la population ne porte plus de prénom mais des codes lettrés qui peuvent changer au gré du classement du clastre (le prénom "A" étant la plus haute distinction). Ici chaque humain trouve sa place dans la société, mais ce n'est pas vous qui décidez, ce sont des analyseurs puisant jusque dans nos gènes pour nous déterminer.
L'architecture est froide, fonctionnelle, ce qui est déjà de facto le cas depuis 70ans où l'on construit des bâtiments cubique blanc et gris hideux à travers la terre entière.
La société de consommation décrit est déjà visionnaire puisqu'on y est, il y décrit un supermarché qui choisit à notre place, mais allez donc maintenant sur amazon et autres, c'est exactement ça !
La culture du compromis, propre à ce qui se passe dans l'Union Européenne y ai bien évoqué aussi ...
On a donc une société totalement anesthésié, sans flamme ni verve, drogué à la pilule et normé, c'est un certain idéal, mais là dessus, je suis d'accord avec le propos de l'auteur, de cette société, je n'en veux pas non plus. Mais là où je ne suis pas forcément d'accord, c'est un peu le propos visant à imposer cette vision anarchiste comme la meilleure et la seule viable ... Comme s'il n'y avait pas de juste milieu, mais j’admets que ce juste milieu tend davantage vers cette société sans âme, où chaque être humain est bridé, élevé de la même façon, comme s'il sortait d'une usine de production en série, il est vrai qu'aujourd'hui, les humains portent les mêmes habits, mangent dans les même fast-food, regardent les mêmes films, en France même les accents disparaissent et sont normalisés, l'étape ultime désormais consistant en la disparition des langues de chaque région du monde au profit d'une seule, le globish, et ainsi sera effacé la dernière grande différence entre les humains.

Revenons au livre, si le début semble promettre un régime au moins aussi totalitaire que dans 1984, exposé dans la difficulté à rejoindre la zone du dehors, traqué de toute part, au fur et à mesure qu'on avance dans le livre, on se sent finalement moins en danger, les deux grandes opérations de la Volte, au lac et à la tour TV se déroulent sans grande difficulté, les caméras de surveillance ni les voyeurs de la tour panoptique semblent efficace dans ces cas là, on découvre même un président A, finalement assez ouvert à la discussion et non tyrannique, il y a toujours des bibliothèques où l'on peut lire du Nietzsche, pas de censure donc... Cablaxie dévoilera le complot qui s'est tramé après investigation, ainsi les médias ne sont pas tant contrôlé que ça ... Cerclon laissera même les rêves sociétales de Capt se réaliser même si c'est pour mieux se débarrasser des voltés, ce Cerclon là ne fait donc pas si peur que ça, après tout, c'est une démocratie parfaite ! Mais je ne pense pas que c'était le propos de l'auteur de décrire une société tyrannique traditionnelle mais plus une population qui se laisse morfondre dans une société démocratique normalisante aseptisé consumériste ultra contrôlé, dans un sens, tout aussi destructeur de la puissance détenu par chaque humain et de sa liberté.
Et dans ce sens, ce livre est bien plus réaliste qu'un 1984, même je ne pense pas qu'un système de clastre verra un jour le jour.

Au niveau des personnages, je ne peux pas dire qu'ils soient si attachant que ça, peut-être à cause de leur nom codelettré ou bien parce qu'ils passent leur temps à s'entendre parler.
Je regrette aussi que la période post-Cerclon soit si peu développé, car elle ne concerne que les quelques dizaines de page de la fin du livre, alors qu'on s'en est tapé je ne sais combien sur l’assaut de la tour TV (passage le plus lourd du livre ...), car là on était vraiment dans la SF, mais plus dans le sens société-fiction, mais intéressante quand même.

ça reste objectivement un bon livre, avec de beau passage, une critique d'actualité et en partie pertinente de la société et de la politique, mais trop politisé et qui délaisse trop souvent la SF ...

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