Le Bruit et la Fureur

Avis sur Le Bruit et la Fureur

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Le Bruit et la Fureur, paru en 1929, est un roman de Faulkner qui m'a beaucoup marqué. J'y ai découvert en littérature le flux de conscience que l'on retrouve chez d'autres écrivains comme Joyce ou Woolf, un procédé qui consiste à retranscrire les impressions brutes du narrateur. Le rythme, le verbe, la ponctuation, le ton, tout s'adapte aux pensées intérieures du personnage. On y gagne alors en authenticité, mais les pensées sont parfois un maelström de sensations difficiles à trier. Là où ça se corse, c'est qu'on nous jète dans l'arène sans explications, et avec un minimum de repères. Entre les homonymes à éclaircir et le premier narrateur incarné par un jeune handicapé dont l'esprit est pour le moins confus, il faut s'accrocher.

Le récit, comme le laisse suggérer le titre, est un conte de folie et de haine. On découvre une famille déchirée où quatre frères et soeur vont s'aimer et se haïr jusqu'à la mort. La plume de Faulkner fait ici des merveilles, acérée ou tendre, la poésie de l'écrivain se dévoile par touches discrètes. On navigue ainsi entre les trois frères Compson qui ont chacun une relation particulière avec leur soeur Caddy. Cette dernière restera dans l'ombre du roman, mais Faulkner esquissera le personnage au détour des autres. D'une certaine manière, elle fera ressortir le pire chez ses frères, participant à la déchéance des siens : un vide affectif jamais comblé pour Benjy, un amour destructeur chez Quentin, une haine morbide du côté de Jason.

Lorsqu'à la fin du roman tout finit par s'éclaircir, par prendre sens, et que l'on comprend les motivations de chacun, on ne peut qu'être admiratif du travail entrepris. Benjamin, suspendu à sa barrière comme au toit du monde, hurlant ses rimes au ciel. Quentin, le prodige de la famille appelé à briller, mais hanté par sa soeur au point d'en perdre la raison. Jason, fielleux et déshérité, subvenant aux besoins de tous alors qu'on ne lui a rien donné. Caddy enfin, insaisissable, avide de liberté. Elle est l'ode inachevée de Faulkner, le chapitre manquant, celle pour laquelle il confessera les mots suivants : "Je l’ai tant aimée que je n’ai pu me décider à ne la faire vivre que l’espace d’un conte". Un sacré bouquin.

Car si ce n'était que l'enfer et rien de plus. Si c'était tout. Fini. Si les choses finissaient tout simplement. Personne d'autre qu'elle et moi. Si seulement nous avions pu faire quelque chose d'assez horrible pour que tout le monde eût déserté l'enfer pour nous y laisser seuls, elle et moi.

(Juillet 2018)

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