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Le bûcher des vanités embrasé par une allumette nommée McCoy.

Les premières pages de ce roman nous font sauter du haut d’un plongeoir dans la société New-Yorkaise des années 80. On retient son souffle, on ferme les yeux, et on se jette à corps perdu dans ce livre de 900 pages qui nous dépeint le portait d’une société avide de pouvoir, corrompue, inégalitaire et discriminatoire.

Au cours du premier chapitre, l’auteur nous invite à être aux premières loges d’une conférence de presse donnée par le maire de la ville de NYC à Harlem. Si d’entrée de jeu le lecteur est placé au premier rang, c’est pour mieux sentir la tension palpable émanant d’un auditoire fatigué et lassé du système politique de la grosse pomme. Le peuple contre les dirigeants. La solitude d’un maire désarçonné par une foule assoiffée de sang. Parce-que c’est ce qu’ils veulent : sa tête sur un plateau.

En arrière plan, des journalistes, tels des vautours attendant la mort lente et agonisante de leur proie – Abe Weiss, le Maire ou la représentation de la politique - prêts à s’emparer du scandale pour faire les gros titres, qui se voudront toujours plus accrocheurs pour être certains de diriger l’opinion publique dans le sens qu’ils veulent.

Le second chapitre nous présente le stéréotype du Golden boy dans toute sa splendeur : Trader chez Pierce&Pierce, société éminente dans le monde de la finance, à qui tout réussit. Il s’auto-surnommera «le Maître de l’Univers », ce qui, aux yeux du lecteur ne pourra que rendre encore plus détestable ce personnage imbu de lui-même. Un bel homme ayant une épouse formidable (Judy), une petite fille adorable (Campbell), un chien remarquable(Marshall)… En bref, il représente « le rêve américain » que beaucoup recherche. En fond de trame et pour ne surtout pas tomber encore plus dans le cliché, Sherman McCoy a une amante (Maria Ruskin - l’officieuse).

Un soir, alors qu’il passe la chercher dans sa Mercedes - un coupé sport noir – il se perd dans le Bronx – quartier décrit comme dangereux et violent. Alors que la tension est à son paroxysme, nos deux compères se retrouvent bloqués à une sortie de route par une barricade improvisée. A ce moment là entrent en scène deux jeunes noirs –dont Henry Lamb, 19 ans- qui leur proposent leur aide. Pris de panique, Sherman McCoy lance un pneu (oui oui, c’est connu comme arme, je vous assure.) pour faire diversion et ainsi pouvoir réintégrer son véhicule alors que Maria s’est mise au volant durant ce laps de temps. En tentant de partir, Maria va renverser Henry sans s’en rendre compte et prendre la fuite.

C’est de cette petite aventure – celle d’une liaison – que l’histoire va évoluer vers un récit bien plus intense et profond. C’est beaucoup plus complexe qu’une simple affaire d’un « homme blanc fortuné » qui renverse un « pauvre jeune noir brillant vivant dans le Bronx »
Finalement, ce livre qui s’avérait tourner autour d’une histoire de justice défaillante en faveur d’un Wasp – comme si c’était une bataille de deux classes sociales opposées - « la Justice en faveur des blancs » - celle pointée du doigt par tous, se révèle être bien plus profonde que ce problème encore tristement d’actualité.

Non, c’est toute la société qui est remise en question. Des classes sociales défavorisées et qui se sentent persécutées par les plus hautes sphères, aux journalistes qui, comme s’ils jouaient avec de la pâte à modeler, vont malaxer l’opinion du public, en passant par les jeux de marionnettes des politiciens, tous y passeront.

Et ce style d’écriture, parlons-en. Il se peut que j’aie parfois eu du mal à accrocher durant certaines parties du livre, tant le rythme peut être soutenu. De nombreux moments sont décrits avec une telle précision, ce sens du détail, de la recherche et de la documentation de l’auteur font que beaucoup compareront Tom Wolfe au Zola des temps modernes.

Le style « parlé » nous met très souvent dans la tête des personnages aux caractères parfois bien trempés et qui ne mâchent pas leurs mots. C’est en poussant chaque spécificité, traits de caractère des personnages que cela rend le récit encore plus réaliste aux yeux du lecteur, qui d’après moi, ne peut que s’émerveiller devant une telle diversité et complexité des protagonistes.

Des termes, des propos qui ne vont pas correspondre à la bienséance qui s’impose à l’heure actuelle ne font que renforcer le sentiment d’un fossé énorme entre plusieurs classes sociales, plusieurs communautés qui se méprisent irrépressiblement.

Dans ce livre, tout est lié : politique, finance, médias, religions, justice. Rien n’échappe à la plume de Wolfe qui se veut impartiale. Alors oui, il ne faut pas oublier que ce livre est un récit fictif avant toute chose. Mais pourtant, il est difficile de ne pas se laisser convaincre par certains propos, certaines idées que l’auteur met en avant pour dénoncer de réelles défaillances de cette (notre ?) société moderne.

Je ne peux que recommander ce livre qui permettra à tous une certaine réflexion quant à notre société et vous fera passer un agréable moment suivi immédiatement par une réelle frustration et sentiment d’injustice. Mais finalement, n’est-ce pas la meilleure finalité possible pour ce roman ?

NeverOvereducated
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