L'intrigue pour l'intrigue.

Avis sur Le Comte de Monte-Cristo

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Quel plaisir que de se laisser emporter dans l'histoire formidable du comte de Monte-Cristo. Se débattre soi-même face à la tragédie que fut la vie de ce jeune homme qui presque  à l'aube de son existence va découvrir et subir tout ce qui se fait de plus atroce dans ce monde : l'injustice, la jalousie, la trahison, puis l'égarement malsain dans de la cupidité, la haine...

Notre héros sera ce monstre enfanté de l'(in)Humanité et de la fatalité. Car Edmond Dantès, ce parangon de vertu d'abord deviendra, dans son ambition folle et démesurée de vengeance, le comte de Monte-Cristo : l'incarnation du mal. Sous ses apparences rudes et antipathiques (car la vengeance n’a décidément rien de noble et celle d’Edmond Dantès n’est pas plus légitime qu’une autre) il nous inspire toujours une sorte de sympathie complaisante et par laquelle nous lui souhaitons au fil des pages de trouver le remède salutaire au tourment qui l’anime. Peu de chose à dire de ce roman-feuilleton en soi au final. Dans le genre, dans son style; il toucherait presque à la perfection.

Cependant on pouvait aspirer à plus de la part d’Alexandre Dumas. Il est incontestablement un maitre de l'intrigue et on finit en effet par regretter qu’il ne s'émancipa malheureusement pas de la plume trop rigide et intéressée du feuilletoniste. Car ce qui fait la force de ce roman, l'intrigue ultra-élaborée, en fait aussi sa faiblesse. Tout est lié. Tout s'enchaine. Tout se bouscule. Ce qui est exaltant devient étouffant. Ce roman  manque parfois de la légèreté d'une digression, d'une simple contemplation ou d'une réflexion mûrie des choses.
La contrainte de la forme qu’est le roman-feuilleton affecte le fond qui manque aussi de profondeur. Aucune place n’est faite à une quelconque réflexion pertinente sur la justice, la condition humaine, le bien ou le mal, la pauvreté,  la vengeance même etc. Tout se focalise sur les péripéties - justes et jamais mélodramatiques il faut le reconnaitre - d'Edmond Dantès et sur sa vision égotique du monde. 1500 pages certes. Auteur prolifique à n'en pas douter. Mais ce cruelle manque de profondeur, le comte de Monte-Cristo en pâtit largement. Dumas aurait pu et  aurait peut-être même dû dédier quelques paragraphes à une prise de recule philosophique voire simplement symbolique. L'auteur se consacre à l'art pour l’art ou plutôt à l’intrigue pour l’intrigue et dans ce maelström d'événements qui se succèdent, se répondent ou s’entrechoquent on peut malheureusement parfois se noyer voire même et paradoxalement - ça n’a pas été mon cas - s'ennuyer.
En somme si on ce cantonne exactement à ce qu’est le comte de Monte-Cristo  c’est à dire un roman-feuilleton du début du XIXème siècle on a effectivement affaire pour moi à un chef-d’oeuvre du genre. Mais Dumas sait trop nous enthousiasmer pour qu'on n'en veuille pas davantage et cela même avec ces trop courtes - et géniales - 1500 pages…

Un 10/10 mitigé donc... mais je recommande.

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